Les semaines passèrent et le Clan Huang fit le nécessaire pour protéger les convois de ressources qui transitaient entre la cité de Plema et celle du Clan. Bien que les bandits s’étaient installés dans les bois qui bordaient la voie commerciale, des disciples s’étaient portés volontaires pour la protéger afin d’obtenir en contrepartie l’opportunité de consommer quelques unes des réputées nouvelles pilules du Clan. Et rapidement, les Clans commerciaux de diverses contrées entendirent parler des de cet étonnante cargaison. Mais plus inquétant encore, les réserves des ressources commençaient à se faire rare tandis les deux jeunes cultivateurs n’arrivaient toujours pas à atteindre le stade de cultivation supérieur.
Sena eut bien une idée de la raison, mais celle-ci ne plut pas à Xiao Xi qui, forcé de l’admettre, était responsable du ralentissement de l’émancipation des deux nouveaux. En effet, l’âme de Xiao Xi se maintenait au sein du Royaume de Sinalea en puisant involontairement mais indéniablement dans une partie de l’énergie absorbée. Bien que cette conséquence eût été abordée par Sena auprès de Liuzi pour le Pacte de Sang de sa fille, elle n’avait toutefois pas considéré que le moine serait d’ores-et-déjà un facteur aggravant de cette situation.
- Que pourrais-je faire pour les aider malgré tout ? Demanda le moine penot.
- Je ne pensais pas qu’il soit nécessaire d’en arriver là à leur niveau de cultivation mais…
- Je t’écoute, dis-moi.
- Leur Âme Han a besoin d’une véritable source de Qi pur, c’est-à-dire que l’énergie doit être suffisamment abondante pour qu’elles puissent s’en nourrir et sortir de leur état léthargique.
- Et comment fait-on ça ?
- La chasse…
- La chasse ? que veux-tu dire Sena ?
- Le Royaume de Sinalea regorge de monstres et bêtes spirituelles millénaires, mais ils ne disposent pas de la cultivation nécessaire pour s’aventurer dans ces régions profondes du royaume. Ils devront donc chasser ces sources dans le royaume des mortels.
- Tu veux dire qu’ils doivent s’en prendre à des Bêtes Spirituelles, comme le Tigre Démérité ?
- Ils n’ont pas besoin de s’attaquer à des Bêtes de cette envergure. Il leur faut seulement une Bête Spirituelle qui soit sujet à la cultivation et qui dispose d’une source de Qi abondante. Puisque tu es responsable de cette situation Xiao Xi, je te laisse le soin de leur faire part du problème.
- Tu as raison, c’est de ma responsabilité. Je vais le faire. Mais ça peut encore attendre ? Tenta de se défiler le moine.
- Tout de suite !
Xiao Xi s’assit au milieu de la cour, à l’entrée du Royaume de Sinalea et se concentra pour atteindre brièvement le monde des mortels afin que les disciples puissent le rejoindre rapidement. Après en avoir pris connaissance, Anelle et Enelis comprirent que la situation était autant périlleuse que nécessaire. Ils demandèrent audience auprès du Chef de Clan afin de pouvoir poser la question directement à la personne la plus alerte à ce sujet. De l’ensemble des bêtes de ce type connue, rares sont celles qu’il est facile d’approcher, ou encore pire de traquer. Mais toutes ne sont pas non plus inatteignable. Bien que l’explication laissa Yihuang dubitatif, s’attaquer à une bête spirituelle, même de premier niveau, restait un défi dangereux. Toutefois, en rapprochant les réclamations de plus en plus importantes des Maîtres des différents domaines du Clan et la requête de ses propres disciples, il se demanda s’il n’était pas là l’occasion de faire d’une pierre deux coups. Il renvoya les élèves après leur avoir fait savoir qu’il réfléchirait à cette demande.
Ce n’est que deux jours plus tard, convoqué de nouveau au palais, qu’Anelle et Enelis y retrouvèrent étonnés les 9 autres premiers disciples de la liste des 100 de la Cour Intérieure.
- Je vous ai fait venir aujourd’hui pour deux raisons. Vous n’êtes pas sans savoir que les ressources vont finir par manquer pour la consommation de pilules spirituelles. La majorité des ressources sont vendues au royaume voisin afin de permettre à notre peuple de survivre à l’hiver. Mais sans ressources, nous ne pourrons plus utiliser le reste des stocks pour la propre cultivation des disciples de l’Académie. C’est pourquoi notre priorité est de trouver ces ressources et de les rapporter. Vos Maîtres respectifs sont déjà partis dans diverses maisons de ventes aux enchères dans le but d’obtenir des herbes médicinales. Mais ça ne suffira pas.
- Où voulez-vous en venir ? Questionna un disciple inconnu des deux cadets et qui parla sans retenu au Chef.
- Je ne vous ai pas présenté mes propres disciples, laissez-moi vous les présenter. Voici Anelle et Enelis. Présenta-t-il d’un geste de la main au groupe.
- Nos respects aux aînés. S’inclinèrent les jumeaux aussitôt.
- Je suis Chen, 9ème de la liste des 100. Se présenta un jeune homme qui portait dans ses salutations le fourreau de son épée entre ses mains.
- Je suis Qinghui, 7ème de la liste des 100. S’inclina respectueusement une demoiselle à la longue queue de cheval noir qui descendait dans son dos.
- Je suis Liu, 5ème de la liste des 100. J’ai entendu parler de vos prouesses et je regrette de ne pas avoir pu les observer moi-même. S’inclina-t-il respectueusement.
- Voici Hao, Sun, Lan, et Qiu. Ces quatre-là ne savent pas ce que le mot politesse signifie. Présenta Beli, le 8ème des 100 en ricannant. Donc dans l’ordre, le 4ème c’est Hao, le 3ème c’est Sun, vous connaissez le 2ème, et enfin le 1er Qiu.
- Étais-tu obligée de te montrer en spectacle ? Moqua Lan qui s’en prenait à son ami.
- Lan, Beli et moi-même avons cottoyé vos disciples ces dernières semaines afin d’en apprendre davantage sur le raffinement de pilules. Expliqua Ying au Grand Maître.
- Je vois. Ainsi les présentations sont faites. Anelle et Enelis que voici ont besoin de chasser une Bête Spirituelle pour leur cultivation. Et…
- Pardon ? Vous vous moquez de nous Yihuang ? L’interrompit Qiu avec mépris. Qui a besoin de chasser des monstres pareils pour sa culture ?
- C’est plus que cela, reprit Enelis. Nous en avons besoin pour mettre au point des pilules de niveau 5 afin de proposer aux disciples un moyen efficace de s’émanciper. Tenta de romancer le jeune homme.
- Vous pensez qu’on va gober ça ? Qui sont ces rigolos, Yihuang ?
Le Chef soupira devant les attaques répétées du 1er. Il se demanda s’il était vraiment indispensable d’aller traquer une telle Bête. Le risque en valait-il la chandelle ?
- Votre disciple souhaiterait s’expliquer. Demanda poliment Enelis de plus bel.
- Nous t’écoutons. Répondit nonchalant sur Maître.
- Notre voie de cultivation nous demande de puiser dans une grande quantité d’énergie. L’énergie qui se trouve dans le bassin de l’aîné Lan n’est pas suffisante pour satisfaire notre cultivation.
- « C’est la première fois que mes disciples parlent de leur technique de cultivation… Cette démarche semble vraiment inévitable. »
- De quoi parle cet élève ? Depuis quand il y aurait d’autres voies de cultivation ? Vous l’avez entendu ? Se moqua ouvertement Qiu. Pour qui te prends-tu, gamin ?
- Il est vrai que la remarque de l’aîné Qiu n’est pas insensée. Soutiennent tour à tour Chen, Qinghui et Liu, respectivement 9ème, 7ème et 5ème des 100.
- Je comprends qu’Enelis et Anelle puissent être impatients de prouver leur valeur, mais ils restent des disciples à l’Âme Naissante. Renchérit sèchement Hao, le 4ème des 100.
- C’est cela ! Bien sûr ! S’exclama soudainement Yihuang qui semblait se réveiller d’un songe. La Force justifie toutes les actions du Clan, n’est-ce pas les enfants ? S’expliquait-il tandis que ses yeux semblaient s’illuminer d’une trouvaille subtile.
- Je n’ai pas de temps à perdre. Rétorqua Qiu qui s’en retourna.
- Et si je vous disais que mes disciples ne sont pas inférieurs à 7 d’entre vous, à seulement 20 ans. Cela changerait-il votre manière de penser ?
- Que voulez-vous dire Maître Yihuang ? Demanda Sun, le 3ème.
- Nous sommes tous ici des disciples au stade de Roi Saint. Lan et Qiu sont même au stade du Sage. En quoi deux Âme Naissante peuvent-elles rivaliser ? Parce qu’ils ont battu Ming à 2 contre 1 ? Se moqua Chen.
Lan ricanna instinctivement en sachant de quoi il en retournait. Beli et Ying avait quant à eux été mis au courant récemment, lors de leur formation du raffinement d’alchimie par les deux cadets.
- Qu’est-ce qu’il y a de drôle Lan ? Reprit Chen, le 9ème.
- Ce que dit Maître Yihuang est tout à fait vrai. Le Clan est basé sur la démonstration de Force. Vous considérez tous que ces deux jeunes gens n’ont pas leur place dans le top 10 de la Cour Intérieure, parce qu’ils ne sont qu’à l’Âme Naissante, et pourtant je sais que bon nombre d’entre vous les avez vu combattre. Lesquels d’entre vous aurait pu briser l’armure de la Cloche de Ming en un seul coup ? Et qui d’autre aurait pu résister à l’une de ses frappes et se relever de la sorte ?
- Où veux-tu en venir Lan ? L’interrogea Chen.
- Il est évident que vous êtes encore trop peu expérimenté par rapport à ces deux-là. Vous pensez que parce qu’ils sont jeunes, ils ne peuvent être au mieux qu’à l’Âme Naissante. Que seuls des disciples comme nous, à la trentaine, pouvons justifier de notre stade de cultivation, n’est-ce pas ?
- Accouche !
- Ce que veut dire Lan Caihe, reprit Yihuang, c’est que mes disciples ne sont pas au stade de l’Âme Naissante. Ils sont comme vous autres, des Roi Saint.
- Arrête tes bêtises Yihuang. Le trône t’es montré au cerveau ? Depuis quand des disciples de 10 ans nos cadets seraient des Roi Saint ?
Il se rassit, le sourire aux lèvres, et d’un geste de la main fit signe à ses élèves de se montrer sous leur vrai jour. En un instant, la Dissimulation se dissipa et les 6 autres ignorants s’écartèrent avec stupeur et incompréhension de la scène qui se jouait devant eux.
- Quelle voie occulte peuvent-ils bien explorer pour réussir une telle prouesse ? S’étonna Hao qui s’approcha d’Anelle pour en ressentir l’énergie qui se dégageait d’elle.
- Voilà donc ce qui explique qu’ils aient si facilement gagné contre Ming l’autre fois. Reprit agacé Qiu qui ne lâchait pas prise.
- Puisque nous sommes d’accords que vous êtes tous à peu prêt au même stade de cultivation, j’aimerais que vous mesuriez votre force pour décider si vous irez chasser la Bête Spirituelle ou non.
- Tes disciples ne tiendront pas une minute face à moi, Yihuang.
- Qui a parlé de combat, Qiu ? Reprit-il amusé. Je propose une comparaison bien plus intéressante. Une Bête Spirituelle de haute lignée nous a rejoint il y a peu. Elle est de niveau 2. Que diriez-vous de vous mesurer à eux sur le plan de la résistance spirituelle ?
- Une haute lignée de niveau 2 ? C’est ça ton test ? Amène-la donc, nous allons nous mesurer sur le champ que je puisse retourner à mes occupations au lieu de perdre mon temps ici.
- C’est déjà fait, elle attend dehors.
Anelle et Enelis eurent soudainement des yeux qui brillèrent dans l’excitation de retrouver Huzi. Le regard de leur Maître avait validé leur interrogation à ce sujet et leur joie était palpable jusque dans leurs yeux. À l’extérieur du palais, la petite Huzi se tenait là, sur ses deux jambes à saluer sa grande-soeur et son grand-frère en les appelant et sautant de joie dans leurs bras.
Lan Caihe, quant à lui, resta à bonne distance, malgré qu’il observait les deux jumeaux la porter sur leurs épaules et l’embrasser comme des parents embrassent leurs enfants.
- Qui est cette petite fille qu’Anelle et Enelis embrassent ? Demanda Ying qui se tenait à hauteur de son camarade, rejoint pour les autres disciples.
- À ton avis ? C’est elle.
- C’est qui ? Leur enfant ? Ricanna Qiu avec mépris.
- Tu devrais t’avancer Qiu. Répondit calmement Lan qui commençait à ressentir la pression spirituelle au bout de ses doigts malgré les vingt mètres qui l’en séparait de la source.
- C’est moi où l’air est lourd ici, j’ai l’impression de peser 100kg de plus. Remarqua Liu, le 5ème des 100.
- Et encore, tu n’as rien vu. Elle semble avoir déjà atteint un nouveau niveau de développement.
- De qui parles-tu ? Reprit curieuse Qinghui, la 7ème.
Yihuang s’avança à côté des 9 disciples, dont le premier s’impatientait de voir arriver ladite Bête de haut rang.
- Grand Maître, je ne souhaite pas concourir. Vous savez que je les suivrai où qu’ils aillent.
- Je sais Lan. D’ailleurs il semble que Maître Bo Yi ait fait un travail remarquable. Elle a déjà atteint le niveau 3 de cultivation.
- Est-ce que vous parlez de cette gamine ? Renchérit Sun, le 3ème.
- De qui d’autres veux-tu qu’ils parlent ! S’exclama ahurit Beli qui s’indignait du temps de latence de ses camarades.
- Depuis quand une gamine est-elle considérée comme une Bête Spirituelle ? On aura tout vu. La plaisanterie est finie ? Interrogea Qiu.
- Attendez-moi là.
Yihuang s’avança près de ses disciples et de la benjamine. Il la salua respectueusement et lui demanda si elle voulait bien jouer à un jeu avec son grand-frère et sa grande-soeur. Amusée des règles, elle l’accepta aussitôt, reprenant sa forme originelle. Émerveillés, Anelle et Enelis remarquèrent que Huzi avait pris de l’envergure, ce qui était logique au vu de son nouveau niveau de cultivation sacrée.
- C’est un Tigre Démérité ! Bon sang ! S’exclama Chen qui fut aussitôt projeter au sol par la pression titanesque qu’imposait la présence de Huzi.
- Comment… Comment font-ils… pour… S’essouffla Beli dont la sueur coulait le long de son front et chutait jusqu’au sol où ses genoux et ses mains ne pouvaient se défaire.
- Je me retire. Fit Lan aussitôt en ressentant une profonde détresse dans la pression spirituelle qui s’appliquait sur toute la zone.
- Tu viens Huzi, fit Anelle en lui caressant le pelage. Nous allons rejoindre le groupe.
En s’approchant, tous les disciples à l’exception de ses amis, furent projeté face contre terre, et le sol lui-même se fissurait sous les pattes du Tigre. Depuis le sol, Qiu dissipait toute l’énergie qu’il pouvait puiser dans sa cultivation pour atténuer la pression qui s’appliquait sur ses épaules. D’un geste léger de la tête, il aperçut les deux cadets qui se tenaient sans mal aux côtés de la race sacrée.
- Y a-t-il quelqu’un qui souhaite ajouter quelque chose à cette compétition ? Questionna Yihuang accroupis devant les 8 disciples qui s’étendaient sur le sol.
- J’abandonne. Dirent-ils tous à tour de rôle à l’exception de Qiu.
- Ton entêtement causera ta perte un jour ou l’autre, Qiu Huang. Ce n’est pas parce que tu es mon neveu que cela signifie que tu es supérieur aux autres. Quand tu l’auras compris, n’hésite pas à me le faire savoir. Argua le Chef de Clan en invitant les trois jeunes à s’éloigner de la cour et de profiter de leurs retrouvailles un peu plus loin.
Plus tard, quand le ciel étoilé prit la place de celui ensoleillé, Lan et ses proches camarades se présentèrent dans le pavillon des deux cadets pour les féliciter de leur étonnante maîtrise. Et plus tard encore, 5 autres des 6 disciples du top 10 se présentèrent à eux de la même manière pour les féliciter et s’excuser de leur comportement et de leur doute. S’il était nécessaire de chasser une Bête Spirituelle pour parfaire leur voie de cultivation, ils espéraient pouvoir en apprendre d’eux autant que faire se peut. Les remerciements fusèrent et les récits des uns et des autres se contèrent afin qu’ils apprennent à faire mieux connaissance.
Les quelques jours qui suivirent, les disciples découvrirent leur mission de cueillette et de chasse. C’était là une mission toute particulière, autant enrichissante que périlleuse. Maître Bo Yi, l’expert en Bête Spirituelle serait à la tête du groupe, tandis que Qiu ne participerait pas. La cueillette se ferait sur la rive du lac, côté Marécage du Serpent d’Argent, quant à la traque elle s’attèlerait évidemment à la capture de celle du monstre qui donna son nom à ce lieu.
La traque d’un monstre qu’aucun n’avait aperçu depuis des décennies allait commencer dans quelques heures à peine, avec pour principal mot d’ordre, la sécurité.
Huzi, Tigre Démérité de niveau 3
Qui est le Chef ?
En traversant le lac à l’aide de leur technique d’épée volante, les meilleurs disciples de la Cour Intérieure discutèrent pour faire plus ample connaissance. Ils partagèrent sur leurs origines respectives ainsi que leur nom complet et expliquèrent à tour de rôle leur capacité liée à leur Don. La plupart étaient des disciples du Clan depuis plusieurs années, et certains avaient également été pris pour disciples officiels de la part des autres Grands Maîtres. Ils invitèrent également les deux cadets à leur parler de leur voie de cultivation et de leur capacité inexplicable à se maintenir debout au côté d’une race sacrée de Bête Spirituelle. Liu Chuxuan, tel qu’il se présenta entièrement, conta qu’il était né au port Huang, fils de pêcheur et qu’il avait été sauvé par le Grand Maître Sanhuang lors d’une tempête sur le lac quand il était petit. Il avait les cheveux courts et les traits de son visage étaient fins et resserrés ce qui lui donnait toujours l’air mécontent. Mais en tant que 5ème des 100, il se considérait malgré tout comme un grand-frère pour ses camarades. Plus grand que la moyenne, il gardait toujours un comportement humble et aimait rivaliser avec les autres lors de joutes amicales à l’épée en bois.
Au fil du temps, Anelle et Enelis se sentirent appartenir à un groupe qui les admirait autant qu’il les respectait. Sous la direction du Maître Bo Yi, ils furent répartis en différents groupe pour la collecte de ressources sur la rive, avec interdiction de s’aventurer à l’intérieur des marécages.
- Ce Marécage est appelé le Marécage du Serpent d’Argent.
- C’est elle, la bête que nous traquerons ? Questionna Qinhui, 7ème des 100, dont la chevelure blonde dénotait complètement avec ses habits d’un noir profond. Sa queue de cheval lui donnait un air bagarreuse.
- Oui, mais nous ignorons son niveau réel. Cela fait longtemps que le serpent n’a plus été aperçu. Vous devrez vous concentrer sur la collecte de ressources. Je m’occuperai de votre sécurité. Mais si la Bête se montre et qu’elle est trop dangereuse, vous avez tous ordre de fuir, est-ce que c’est clair ?
- Bien Maître ! Affirmèrent tous les disciples.
- Anelle, Enelis et Lan, vous serez en charge de la collecte des racines. Vos capacités en alchimie vous permettent de sélectionner les meilleures.
- Bien compris !
- Sun et Beli, vous irez chercher les minérais. Avec ta capacité de détection Sun, tu seras la plus à même de les trouver. Beli, ton corps d’acier te permettra de fendre la roche.
- Bien compris !
- Hao, Ying et Liu, vous irez récolter les herbes et champignons. Avec la capacité d’empoisonnement de Ying, vous serez protégés en cas de respiration de spore dangereux.
- Bien compris !
- Chen et Qinghui, vous venez avec moi. Avec ton Don de souffle léger, tu pourras nous rendre inaudible, quant à ton Don de Célérité Chen, il nous permettra de fuir si nous nous retrouvons nez à nez avec le Serpent d’Argent.
- Bien compris !
Les 4 groupes se séparèrent sur la rive du lac, face aux marécages lugubres qui s’étendaient de part et d’autre. La cueillette commença et dura plusieurs heures sans qu’aucun ne tente de s’aventurer plus à l’intérieur, à l’exception du groupe du Maître qui les accompagnait. À l’intérieur de cette aire boisée, le sol laissait paraître une fine couche d’eau verdâtre de laquelle des bulles de gaz apparaissaient de temps à autre avant de disparaître à l’éclatement de la bulle. Des lianes recouvertes d’une végétation lugubre et trempée reliaient les arbres entre eux, empêchant une visibilité à plusieurs mètres d’avance.
- Maître, demanda Chen, comment est ce Serpent d’Argent dont vous avez parlé ? Quel genre de Bête sommes-nous censés chasser exactement ?
- Je l’ignore. Je ne l’ai jamais vu de mes propres yeux. Je sais simplement qu’elle a fait des marécages son territoire.
- Et son niveau de cultivation ?
- Aux dernières nouvelles, le serpent était au niveau 1. Mais comme il ne s’agit pas d’une race sacrée, même s’il a grandi depuis, il ne devrait pas être trop dangereux.
- N’avez-vous pas dit que c’était il y a longtemps ? Reprit Qinghui.
- C’est vrai, plus de 20 ans se sont écoulées depuis.
- Jusqu’à quel niveau de Bête Spirituelle pensez-vous que nous puissions rivaliser tous ensemble ?
Il réfléchit un instant à cette pertinente question, lui rappelant que le but de cette expédition avait tout de même pour objectif la traque de ce serpent.
- Si ce serpent n’est pas supérieur à un niveau 3, ce sera réalisable. S’il est au-dessus, nous devrons fuir, est-ce que c’est clair ?
- Oui Maître. Mais pourquoi l’appelle-t-on le Serpent d’Argent ? Ajouta Chen.
- Parce qu’il est recouvert d’écailles couleur argent, tu ne crois pas ? Se moqua Qinghui.
- Je ne saurais trop dire la raison.
Tandis qu’ils continuaient à marcher prudemment dans les marécages, le groupe d’explorateur entendirent soudainement crier au loin, comme si quelqu’un se faisait attaquer. C’était là la voix roque de Hao, reconnaissable d’entre toutes, qui semblait venir en direction de l’ouest.
- Qu’est-ce que c’était ? Questionna inquiet Chen qui tenait fermement son fourreau.
- On aurait dit Hao. Mais…
- Mais il n’y a aucune raison qu’ils se soient aventurés à l’intérieur des bois. Reprit Maître Bo Yi.
- Devrait-on aller voir ? Questionna-t-elle de plus bel tandis qu’un second cri qui demandait à l’aide se fit entendre. C’était là la voix de Sun, qui n’était pourtant pas dans le même groupe.
- Ça ne me paraît rien qui vaille. Le mieux serait de survoler les marécages pour rester en sécurité.
Chen, Qinghui et Bo Yi firent apparaître leur épée pour monter dessus, mais celles-ci tombèrent subitement au sol, comme si une zone de restriction leur empêchait d’utiliser ce genre de technique. Les ramassant, ils comprirent aussitôt qu’ils se trouvaient bien sur le territoire d’une Bête Spirituelle. Peut-être n’était-elle pas le serpent qu’ils étaient venus chercher, mais elle possédait une fourberie suffisante pour lui permettre de s’immiscer dans l’esprit de ses cibles.
- Nous devons faire demi-tour. Nous ne pouvons pas nous risquer à affronter un tel adversaire sans ne rien savoir d’elle. Le pire que nous puissions faire est de tenter de se rapprocher des cris. Ce serait se jeter dans la gueule du loup.
- Ces cris sont pourtant si réalistes. Ne devrions-nous pas…
- Chen ! Reprends tes esprits ! S’écria Bo Yi qui s’aperçut que le disciple quittait doucement son groupe malgré ses préoccupations.
La situation se mit à dégénérer rapidement quand il observa les deux jeunes ne plus réagir à ses ordres. Ils devenaient obnubilés par ces cris, comme s’ils s’immisçaient dans leur esprit, les poussant à n’avoir qu’une idée en tête, les rejoindre. Il n’eut pas d’autre choix que de les assommer l’un après l’autre pour les porter à bras le corps et tenter de rentrer rapidement dans le sens opposé. Mais plus il marchait, plus sa vue se troublait, comme si les environs s’étendirent et que la distance se rallongeait à chacun de ses pas. Il trébucha, sur le sol trempé et observa qu’il n’avait en fait pas bougé. Ses jambes étaient prises dans des racines qui semblaient peu à peu se resserrer autour de lui tandis que les corps endormis de ses cadets jonchaient le sol à ses côtés. Il était évident qu’il avait été empoisonné, peut-être par du pollen ou autre chose encore, et que le temps lui était compté avant qu’il ne perde définitivement tout repère.
Sur la côte, les autres groupes s’étaient réunis avec leur butin, sans qu’aucun n’aient été pris à partis par ces cris. La cueillette fut fructueuse et les sacoches de stockages furent convenablement remplies. Cet endroit n’était clairement pas approchés des cultivateurs. Bien que l’intérieur des bois semblait lugubre et oppressant, les rives ensoleillées permettaient d’obtenir facilement des ressources recherchées. Après avoir comptabilisé l’ensemble des ressources, ils se demandèrent les uns les autres si Maître Bo Yi, Chen ou encore Qinghui avaient été aperçus. Mais les affirmations des uns et des autres n’étaient guères rassurantes.
- Regardez ! Ils arrivent ! Montra du doigt Ying qui était enthousiaste en voyant une silhouette émergée de l’obscurité des bois.
- Anelle, reprit Enelis, je ne perçois rien.
- Moi non plus, aucune intention, aucune lueur.
Se rapprochant de la silhouette qui continuait d’avancer, ils se rendirent soudainement compte que ce n’était pas celle d’un humain de sang et de chair, mais d’une projection spirituelle de Maître Bo Yi qui avait été envoyé jusqu’à eux avec un message.
« Mes élèves, allez chercher de l’aide. Qinghui, Chen et moi avons été pris au piège, chassés par une Bête Spirituelle dont j’ignore la nature. J’ai trouvé un abri sous un arbre et je me concentre pour maintenir la connexion avec cette projection. Ne vous aventurez pas à notre recherche, j’ignore comment nous avons été empoisonnés. C’est trop dangereux. » Répéta la silhouette d’énergie qui clignotait comme si la force vitale du Maître commençait à vaciller.
- Nous devons rentrer immédiatement et demander de l’aide au Grand Maître ! S’exclama Hao de sa voix roque.
- Oui, pas le temps à perdre, vous l’avez entendu ? Renchérit Sun qui s’inquiétait de la situation.
- Lan, c’est toi l’aîné d’entre nous. Qu’est-ce qu’on attend ? Ajouta Ying soutenu par les autres.
- Vous cinq, vous rentrez. Ying, Sun, et moi, nous allons les chercher. Je peux amplifier la capacité de Ying afin d’éviter l’empoisonnement, et faire en sorte que Sun les détecte. Vous autres, allez chercher de l’aide.
- C’est trop dangereux ! Maître Bo Yi ignore ce à quoi ils ont à faire, vous allez juste risquer de vous mettre en danger.
- Anelle a raison reprit tremblantes Sun et Ying. Nous ne sommes que des Roi Saint, Maître Bo Yi est spécialiste dans les Bêtes Spirituelles et il est au stade de la Graine d’Étoile comme le Grand Maître. S’il n’a pas réussi à identifier le problème, nous n’en serons pas capable non plus !
- Si Enelis et moi venons, nous pourrons utiliser nos capacités de perception pour aider. Réfléchit alors Anelle qui voyait l’urgence dans le regard de son aîné.
- Vous êtes sérieux ? S’impatienta Hao. Nous devons partir chercher de l’aide, tout de suite !
- Allez-y, ordonna Lan au trois autres. Anelle, Enelis, Sun et Ying, restez groupés. Je vais augmenter toutes vos capacités simultanément. Nous devons les retrouver.
- Faites attention à vous !
Les deux groupes se séparèrent aussitôt, tandis que celui du plus grand nombre remarqua rapidement qu’il leur était impossible de voler à l’intérieur des marécages. Anelle qui se concentrait sur la perception n’avait qu’un accès limité à ses capacités habituelles à cause de la situation de méditation profonde de son Âme Han coincé à la Mer de Conscience, ce qui l’empêchait de traverser le royaume éthérique comme auparavant. Enelis quant à lui avait dressé sa Formation Temporelle fétiche afin de protéger son groupe d’attaque extérieure. La Détection de Sun, à l’instar de la Perception d’Anelle lui permettait de trouver des individus à plusieurs centaines de mètres à la ronde, sans pour autant n’être capable de discerner toute autre forme de vie.
Une importante quantité de spore flottait dans l’air mais la capacité de Ying à défaire les empoisonnements semblaient protéger le groupe des miasmes et autres poisons olfactifs qui remplissaient l’air ambiant. Au bout de 10 minutes à courir en direction de l’intérieur des bois, ils finirent par retrouver le Maître qui tremblait et transpirait abondamment, souffrant d’un mal qui le rongeait et l’affaiblissait de minute en minute. À ses côtés, deux rondins de bois étaient soigneusement protégés. Mais quand ils réussirent à lui faire reprendre brièvement ses esprits, il s’offusqua puis s’évanouit en observant que les disciples qu’il croyait pourtant avoir porté et posé à ses côtés n’étaient en fait que des morceaux de bois.
- Nous rentrons. Il est impossible de continuer à chercher Chen et Qinghui avec Maître Bo Yi dans cet état. Et nous séparés n’est pas une option. Nous reviendrons les chercher avec les renforts.
- Lan, ça fait déjà au moins une demi-heure qu’ils ont disparu. Si nous partons maintenant, ce sera peut-être trop tard ! S’alarmait de tristesse Ying qui porta l’un des bras du Maître sur ses épaules tandis que Sun le portait de l’autre.
- Je sais. Mais je suis responsable de vous, je ne risquerai pas votre sécurité dans de telles conditions. On rentre, vite ! Ordonna l’androgyne.
En rebroussant chemin, une voix venant des profondeurs des marécages trouva écho aux oreilles d’Anelle et d’Enelis. « Si vous voulez les revoir, venez jusqu’à moi. »
- Vous avez entendu ça ? Questionna Enelis en s’adressant aux autres.
- Entendu quoi ? S’inquiéta Lan qu’Enelis ne soit la prochaine cible.
Anelle hocha la tête pour lui confirmer qu’elle l’avait également entendu.
« Venez jusqu’à moi. » refit la voix qui semblait siffler sur chacune des syllabes.
- Quoique vous entendiez, n’y prêtez pas attention ! Ordonna Lan qui voyait dans le regard des cadets que quelque chose était en train de leur arrivé.
- C’est comme si on nous invitait à rejoindre cette voix. Expliqua Anelle. On entend une mise en garde.
- Ne vous arrêtez pas ! On est bientôt à l’extérieur des marécages.
- Cette voix nous avertit, reprit Enelis. Si on veut les revoir, on doit rejoindre quelque chose là-bas.
- Si c’était vrai, nous l’entendrions tous. Mais personne à part vous n’entend ça. Résistez Anelle, Enelis !
« Venez jusqu’à moi et je les libèrerai. Partez, et je les dévorerai. »
À ces mots, les jumeaux s’arrêtèrent net, sortant de la zone de protection de Ying, et de détection de Sun qui se retourna alors.
- Ne vous arrêtez pas ! Ordonna Lan qui s’adressaient autant aux porteuses qu’aux jumeaux.
- Nous devons… les sauver ! S’écria Enelis.
Mais Lan fit un pas de côté et attrapa en un instant ses cadets les attrapant par la taille, les entourant chacun d’un bras et de rattraper les trois autres afin d’atteindre la rive tous les 6.
- Désolé, mais vous n’irez nulle part. C’est moi qui décide et je suis responsable de votre sécurité à tous.
- Non ! Il va… Hésita Enelis.
- …les dévorer. Affirma Anelle.
- Ne vous laissez pas manipuler ! Continua-t-il tandis qu’ils arrivèrent enfin devant le lac.
L’instant d’après, il fit apparaître son épée sous ses pieds, invitant les deux femmes à en faire de même, et s’envolèrent tous ensemble, en maintenant fermement les jumeaux entre ses bras. Les voix cessèrent et Anelle comme Enelis se calmèrent aussitôt, retrouvant leur liberté et leur esprit.
- Désolé Lan. S’excusèrent-ils.
- Ça ne fait rien. Je ne sais pas ce que vous avez entendu, mais il est certain que ce n’était qu’un… piège ?
Lan et les deux autres s’arrêtèrent soudainement au-dessus du lac, regardant autour d’eux, ne voyant aucun des deux cadets. Rapidement, l’androgyne comprit qu’ils ne venaient qu’à l’instant de sortir de la zone d’effet de l’emprise du monstre qui régnait sur les marécages. Même si l’illusion était en fait construite sur une projection des deux traqués, ces derniers devaient aussi avoir vécu une projection du reste du groupe au cœur des marécages. La situation devint subitement bien plus critique encore.
Au beau milieu des marécages, Enelis et Anelle se regardèrent avec stupeur quand ils virent tous deux que Ying, Sun et Maître Bo Yi disparaître, suivit finalement par la silhouette de Lan Caihe.
« Approchez. »
Ils soupçonnèrent également que la distance qui les séparait des autres devait être la raison pour laquelle cette dernière s’était dissipée. Les jumeaux comprirent qu’ils n’avaient pas quitté le lieu où se trouvait Maître Bo Yi depuis qu’ils l’avaient trouvé là.
Mais à la répétition de cette voix qui semblait résonner dans tous le sous-bois, ils décidèrent d’avancer. Pour la deuxième fois, comme lorsqu’ils étaient entrés dans la zone spirituelle de l’Arbre Sacré, il leur était impossible de rejoindre le Royaume de Sinalea et de demander conseil à Sena. En se rapprochant des paroles sifflantes, ils découvrirent que perdu au milieu de cet endroit désolé se trouvait un gouffre gigantesque, baigné dans l’obscurité et dont le fond semblait ne pas même existé. En regardant autour, la végétation semblait s’y faire aspirer, tandis qu’entre deux branchages ils observèrent le fourreau de Chen bloqué au bord du précipice.
Gouffre au milieu des Marécages
Les Prisonniers
Anelle et Enelis étaient terriblement inquiet de leur actuelle situation. Le gouffre qui s’étendait devant eux aspirait l’eau des marécages dans une chute sans bruit ni lumière. Mais plus inquiétant encore, le fourreau et l’épée de Chen bloqué par les branchages laissait présager un destin funeste pour leurs camarades. La voix qu’il entendaient siffler s’était elle aussi arrêté comme s’ils avaient été amenés jusqu’ici volontairement. Dans le ciel, un écran de fumée, mélange de spore et de brouillard verdâtre créait une voute opaque où de faibles rayons de lumière réussissaient à traverser. Cet endroit était comme l’œil d’un cyclone, étonnamment calme, cachant les dangerosités de tout ce qui l’entourait en périphérie. Et poussant le vice de la désolation et du sordide à son paroxysme, une fine pluie se mit à tomber, s’accaparant l’acidité de l’air ambiant pour finir par inonder encore davantage le sol déjà trempé.
- As-tu une idée de pourquoi nous ne pouvons pas utiliser la technique de vol de l’épée ? Est-ce lié à une Formation Enelis ?
- À première vue, cela semble être le cas. C’est comme si toute la zone marécageuse était emprise d’une telle Formation, mais nous l’avions survolé l’autre fois et nous n’avions rien ressenti.
- Alors c’est peut-être une capacité du Serpent d’Argent.
« Ces humains sont plus malins que les autres. » Fit la voix sifflante dans leur dos.
Soudain, apparut dans une mixture de vapeur, de fumée, de brouillard et d’acidité, les yeux perçants du reptile, les écailles luisantes telle des plaques d’armures, et le corps sinueux de la bête qui sifflait devant eux.
« Ces humains ont une énergie spirituelle si dense. »
- Qu’est-ce que vous êtes ! Se mit en garde Anelle qui brandissait son épée dans la direction du monstre.
- Ce doit être le Serpent d’Argent… Pourquoi apparaît-il ainsi devant nous ?
- « Humains, délicieux humains. »
- Où sont nos camarades ! Vous disiez les libérer si nous venions ! Reprit-elle les paroles qu’elle avait entendues plus tôt.
- « Ils sont là. Ces faibles corps. Regardez-les. » Fit sournoisement le sepent qui laissait apparaître une partie de son corps où l’on pouvait distinguer deux masses se déplacer à l’intérieur de lui.
- Chen ! Qinghui ! Non ! Il les a gobés ! S’écria Enelis hors de lui.
- « Ksss ksss. Ces humains, cela fait si longtemps que je n’y ai pas goûté ! » Semblait s’impatienter le Serpent.
- Formation de la Paume Temporelle ! S’écria Enelis qui attaqua aussitôt la Bête
- Frappe Éclaire, Lotus Aigri, 1000 Épées des Cieux ! Enchaîna Anelle avec toutes ses techniques de combat afin de briser l’écaille qui lui servait d’armure et de défaire l’adversaire.
Mais quand la fumée et la poussière se dissipèrent, les yeux brillants du serpent apparurent à nouveau dans la pénombre. Son corps n’avait que quelques entailles ça et là sans qu’aucune blessure ne laissa paraître une véritable blessure.
« Un seul des deux me suffira. Je me débarrasserai de l’autre. » Continuait à se parler à lui-même l’animal.
Les plus jeunes réattaquèrent, s’élançant avec l’attaque qui avait vaincu leur adversaire lors de la compétition précédente, puis en frappant des coups d’épées autant qu’ils le pouvaient, mais rien n’y faisait. La résistance de cet animal demeurait absolue. C’était là une Bête Spirituelle bien plus dangereuse qu’ils ne le pensaient, et contre qui ils n’avaient véritablement aucune chance de vaincre sans des renforts. Mais à peine eussent-ils le temps de s’en rendre compte que l’extrémité de la queue du Serpent propulsa Anelle à plusieurs dizaines de mètres dans la forêt, se contorsionnant aux impacts avec les troncs d’arbres moisis, tandis que l’épée d’Enelis contra difficilement les deux crochets de poisons qui sortaient de la gueule de la Bête et qui essayait de l’attraper.
Anelle, qui s’était relevée sous l’effet de l’adrénaline, bondit à l’arrière de l’ennemi et tenta de toute ses forces de planté le côté pointu de son épée à travers l’épaisse peau écailleuse. Mais sa combattivité finit par se briser, comme son épée, quand celle-ci fut réduite en morceau par la parade du monstre qui renversa la jeune femme, se retrouvant dos à son adversaire et sans la possibilité d’y réchapper, la gueule du Serpent qui avait lâché Enelis, enveloppa de toute son envergure le corps de la jumelle.
- Non ! Anelle ! S’écria Enelis qui vit la Princesse se faire avaler toute entière.
- À ton tour, siffla le serpent en se retournant aussitôt vers le garçon en le poussant jusqu’au précipice pour l’y faire tomber au-dessus.
Enelis tomba dans les ténèbres, voyant au loin la gueule de la Bête aux yeux perçants disparaître dans sa longue et silencieuse chute.
Là-haut, Anelle qui était vivante et entière à l’intérieur du corps de l’attaquant, invoqua la technique qu’elle avait peaufinné et maîtrisé pendant ses sessions intensives dans la salle au Miroir de Clarté : « Faux du Péché, Illusions de Carté ! »
La bête se mit à hurler de désespoir, les cellules de son sang se mirent à bouillir et son énergie à émaner de tout son corps, subissant le contre-coup d’une illusion de torture infinie, repoussant aussi les limites du corps d’Anelle, fissurant jusqu’à sa propre âme endormie, et subissant autant de peine et de douleur que sa victime, hurlant si fort au creux de l’estomac. Elle concentra une dernière fois toute ses forces pour déchirer les muqueuses de l’intérieur, terrassant d’un seul Poing Déchu, d’une force extrême au bord de l’implosion, séparant finalement la tête de la Bête du reste.
Gisant sur le sol, le contenu de l’estomac du Serpent d’Argent se déversa dans la marre qui se formait par le sang et la pluie, et Anelle y flottait inconsciente. Une demi-heure plus tard, Yihuang et les autres arrivèrent sur place, accompagnée de Huzi qui flaira rapidement la trace d’Anelle et où ils retrouvèrent inconscients les trois jeunes au pied du cadavre écailleux. La Tigresse flairait également l’effluve d’énergie d’Enelis qui plongeait irrémédiablement au creux de cet abysse obscur.
« Rentrez à l’Académie, emportez le cadavre du Serpent. Je vais rester ici et retrouver Enelis. » Ordonna le Chef du Clan Huang.
Les jours passèrent et les soins apportés aux cadets à l’Académie faisaient légèrement effets, rendant peu à peu la force vitale aux trois derniers des 100, tandis que des aller-retours étaient organisés pour venir en aide au Chef afin de trouver des traces du jumeau disparu. Après deux semaines, les chances qu’il ait survécu se faisaient de plus en plus minimes et personne ne pouvait se permettre de plonger à son tour dans ce gouffre dont rien n’en ressortait. Les torches s’éteignirent à peine entrer dans leur chute, les techniques se dissipèrent aussitôt de la même manière et aucun son ne vint d’en bas malgré des appels incessants et des artefacts sonores divers. Les semaines s’enchainèrent et Anelle recouvra enfin la force d’ouvrir les yeux. Son Âme Corporelle avait été si brisée qu’une part de ses méridiens étaient détruits et que sa capacité à concentrer son énergie était devenue difficile. Même éveillé, elle ne pouvait rejoindre le Royaume de Sinalea, lui demandant trop d’efforts. Yihuang raffina de nombreuses pilules médicinales pendant les mois qui suivirent afin de permettre à Anelle de retrouver assez de force pour entamer ce pourquoi ils s’étaient tous deux sacrifier, obtenir l’énergie pure de l’âme de la Bête.
Les années passèrent et Anelle put enfin méditer à nouveau, concentrant son énergie dans son corps semi brisé et défaire les chaînes qui retenaient jadis son âme spirituelle, l’empêchant d’atteindre le stade de la Formation du Noyau Spirituel. Mais ce jour-là, à l’ascension de la Princesse, les cieux grondèrent et la foudre s’abattit sur les monts voisins, résonnant avec le déchirement du cœur d’une femme à qui l’on avait arraché son protecteur. Elle pleura sans se retenir et accepta la toute-puissance qui s’immisça en elle, gage du sacrifice de l’être chéri.
Au coeur du palais, reclus dans une salle de méditation du Clan, Anelle s’était enfermé pendant plusieurs lunes, à la recherche d’un moyen de savoir ce qu’il était arrivé à Enelis. Au sein du Royaume de Sinalea où elle demeurait le plus clair de son temps, elle explorait les profondeurs de ce dernier, les archives et autres ressources qui pouvaient l’amener à comprendre, à savoir, si l’existence de son camarade avait véritablement été effacée ou si une lueur d’espoir demeurait toujours. Sina et Xiao Xi s’y étaient également attelés, recherchant dans tout ce qu’il pouvait trouver, autant les artefacts que leurs propres souvenirs, qui permettrait d’une manière ou d’une autre de relier contact avec l’esprit ou l’âme de l’homme. Mais des mois et des années durant sa convalescence, ni Sena ni Xiao Xi n’avait été en contact avec lui, comme s’il n’avait jamais été capable de les joindre. Comme s’il avait à jamais disparu. Malgré tout, suivant l’instinct de leur seul Maître encore vivant, encore présent, ils n’abandonnèrent jamais leur recherche jusqu’au 25ème anniversaire d’Anelle.
Le Serpent d’Argent
« Ma chute semble si longue, et pourtant si légère et sereine. Dans l’obscurité qui m’enveloppe, je perds rapidement la trace du Serpent et l’espoir de revoir Anelle. Je ne peux maîtriser ma chute mais je ne subis pas l’accélération de la gravité. C’est comme tomber dans un puit dont j’ignore s’il en existe un fond ou ne serait-ce que des parois, et pourtant… Ne suis-je pas simplement sous la surface, comme peut l’être les fonds marins ? Je ne saurais dire combien de temps dura cette chute mais fermant les yeux et me concentrant sur la méditation, il me sembla entendre les cris d’Anelle au loin. »
« Finalement, ce n’était ni la mort, ni le néant. Je finis par atteindre les profondeurs de ce monde et à ma grande surprise, il n’était guère plongé dans l’obscurité la plus totale. Ce que je prenais pour de l’obscurité, ce gouffre sans fond d’où je viens, il semble que cela soit également une source de lumière. Comment l’expliquer ? Qu’ai-je réellement traversé ? Où suis-je à présent ? Des quelques troncs et des faibles végétations qui osent survivre ici, comment expliquer qu’un tel lieu, si vaste, existe dans les profondeurs de la terre ? »
« J’ai cru que j’étais mort, une simple âme errante comme je ne craignais ni la faim ni la soif. Mais l’âme peut-elle seulement marcher ? Se cogner ? Tomber ? Je ne sais pas ce qu’il m’arrive ni ce que je suis encore à cet instant. J’ignore le temps qui passe, il me semble que cela ne fasse pas si longtemps que je marche à travers ces étendues étranges, baignées dans le lugubre et la clarté. J’ai attendu longuement au pied du gouffre, croyant que quelque chose apparaisse après moi, de la surface. Mais rien n’y fit. Mais comment savoir si j’eusse attendu assez longtemps ? Je l’ignore encore. »
« Je trouve ça-et-là des roches luminescentes dont j’en ignore la nature, et des plantes étonnantes qui s’illuminent à distance et s’éteignent à mon approche. Un monde qui réagit à ma présence et éclair un chemin m’emmenant toujours plus loin, plus profondément peut-être ? Le gouffre par lequel je suis venu n’est plus visible, mais je le sais derrière moi. Il n’y a pas d’autre chemin que celui qui se trouve devant ou celui qui se trouve derrière. Vais-je marcher ainsi pour l’éternité ? Cette question m’obsèda pendant un temps infini, et je cherchais de l’espoir à penser qu’Anelle vivait et qu’elle grandissait encore là-haut, au cœur d’un Clan qui nous avait accepté. Quand était-ce déjà ? »
« Un jour vint une forme dans le mur que je n’avais encore jamais observé. En me retournant pour contempler la profondeur du tunnel que j’avais traversé, je mesurais volontiers avoir marché sans pause pendant près de 1000 Li, et cette fissure dans ce mur si haut dont l’obscurité finissait par en absorber les contours et la hauteur, me fit me demander si je n’étais pas en train de rejoindre quelque chose de plus précis et véritable. Comment tant de graines avaient-elles pu un jour germée en des lieux si infertiles ? Il y avait parfois des forêts de bois morts que je traversais sans n’en comprendre l’origine. Mais face à cette étonnante ouverture devant moi, je m’interroge à nouveau sur l’origine d’un tel lieu. Peut-il être emplis de mystères dont je suis incapable d’en mesurer l’importance ? Il m’est impossible de joindre le Royaume de Sinalea, comme ce fut le cas jadis quand nous arpentions les marécages avec Anelle. Mais qu’est-ce qui explique aujourd’hui encore, après avoir tant marché, qu’un tel lieu me prive de mes sens les plus profonds et innés ? Et pourtant, je n’en ressens aucune once d’énergie, aucun flux ne traverse les terres desséchées et les écorces poussiéreuse. »
« Cet endroit est différent. Il me semble entendre un souffle profond et sourd venir de très loin au-devant. Les parois de ce tunnel se resserrent donnant un sentiment oppressant que je n’avais pas ressentii depuis ma chute. Et pourtant je me persuade rapidement qu’il y ait quelque chose caché ici-bas, dans les profondeurs et la noirceur de ces lieux. C’est comme entendre quelqu’un respirer, d’une inspiration et d’une expiration si profonde qu’elle en devient lente, presque inaudible même. Mais je crois que la position de ces murs, la forme de cette cavité a été creusé ainsi par ce souffle. Est-ce possible que le vent façonne la roche ? »
« Combien de temps ai-je encore marché pour me rapprocher ainsi de ce son ? Pour la première fois, plus encore que l’entendre, je le sens. L’air circule jusqu’à moi, il m’enveloppe, il me contourne. Il vient de là et part dans l’autre sens. C’est un objectif, c’est un espoir. Que ce soit le souffle d’un être ou seulement l’air qui s’engouffre dans une grotte, cet endroit dispose-t-il d’une fin ? Ou d’un sens ? Ai-je marché jusqu’ici pour cette raison ? »
« Les parois n’en sont plus. Ce sont des murs. Oui des dalles gigantesques taillées dans la roche. Je me sens si petit, si fragile en comparaison de ce lieu. Une seule de ces dalles semblent être aussi grande qu’un sanctuaire. Elles s’étendent jusque dans les profondeurs obscures des hauteurs, et sous mes pieds aussi. Je me demande quelle était la direction de ce tunnel ? Serais-je entré dans le territoire des Géants sans le savoir ? Pourtant Kuafu ne me semblait pas si grand non plus. 7ème fils du royaume si je me souviens bien, il n’en mesure pas 1/20ème de la hauteur. Quel est cet endroit. Le souffle est plus clair à présent et je sais qu’il ne s’agit plus du vent qui s’engouffre. Non, cette répétition et cet intervalle si précis ne décrit qu’une seule chose. Une respiration. Il siège ici quelque chose ou quelqu’un, un être vivant assurément, qui respire. »
« Au loin… une lueur dorée m’apparaît. Elle semble venir de là-bas. Et des colonnades se dressent dorénavant comme les dalles des murs auparavant, si grandes, si hautes, si épaisses. Elles s’enchaînent et se succèdent. Cet endroit, quel est cet endroit exactement ? Comme peut-il exister un tunnel si long, si vaste, si mort, et pourtant abriter un sanctuaire si grand, une construction si profonde. Que vais-je découvrir ici ? Je regarde encore derrière moi la pénombre qui me poursuit au fil de mes pas, et rien ne semble pouvoir me faire changer d’avis dorénavant. »
Les Tréfonds
Le Qiling
« L’endroit semble de plus en plus baigné dans un brouillard dense, opaque, comme si j’entrais la condensation d’un souffle chaud au beau milieu d’une aire humide et froide. Plus encore que la respiration de cette entité, le vrombissement d’une puissance respiratoire qui dépeint déjà la grandeur de sa source. Et bien que j’entre aveuglément dans cette étonnante brume, le bruit se fait de plus en plus fort jusqu’à ce que toutes les cellules de mon corps se mettent à frissonner. Serait-ce de la peur ou de l’excitation ? Après avoir tant marché, sans n’en savoir le temps qui s’est écoulé depuis ma chute, je me sens ravis d’atteindre enfin un but. Lequel était-il alors ? »
« De l’autre côté de la nuée, je la découvre enfin. Était-ce là une entité de notre monde ? Devant moi un renfoncement dont le sol n’était q’une eau claire où l’on pouvait distinguer une profondeur sans pareille. Au-dessus de celle-ci, un être si vaste qu’il semble être aussi grand et lourd qu’une montagne toute entière. De chaque côté, s’arrachant à l’obscurité des profondeurs aériennes, des chaînes colossales se hissent de là-haut jusqu’à cet être, enveloppant sa taille et ses bras. Son corps semble recouvert d’une couche de poussière, des sédiments peut-être même, et son visage est terne et clos. Seul le souffle profond qui s’émane de ses narines trahit encore la présence de vie dans ce corps immense. Je l’observe de toute part jusqu’à en apercevoir au-dessus des cornes gigantesques qui semblent s’ériger vers les hauteurs. Je m’assois devant cet être dont aucune connaissance ne saurait me rappeler une telle existence en ce bas monde, et médite quelques temps encore à la décision à prendre. »
Les jours passèrent, peut-être des semaines encore, tandis qu’Enelis restait assis là, devant cet étang au-dessus duquel l’étrange individu inspirait et expirait naturellement sans autre interaction avec le monde qui l’entourait. Mais malgré le temps qui filait, le jeune homme ne put malgré tout ressentir quelque chose de différents de ce qu’il avait expérimenté pendant son voyage. Ni le gouffre, ni le chemin, ni le sanctuaire, ni cet être ne lui donna la satisfaction de ressentir qu’il était encore en vie, encore humain. Allait-il à son tour rester prisonnier pour l’éternité, enchaîné à des liens invisibles face à cette entité démesurée ? Non, son choix était différent et décidé, autant que sa volonté ardente de retrouver Anelle, il brisa le silence qui l’avait accompagné des mois durant.
- Ô Seigneur. J’ignore la profondeur de votre essence et je respecte humblement votre repos en ces lieux déchus. Je me présente à vous, moi, honnête habitant du Royaume des Hommes. Je suis tombé en ces lieux il y a quelques temps de cela, et la voie m’a conduite jusqu’à vous. Je n’ai nulle attente ô Seigneur, si ce n’est de remercier votre souffle pour m’avoir guidé jusqu’ici.
Sans être certain que la distance et la grandeur de cet être puisse entendre ne serait-ce que le moindre mot, ni que l’exhalaison brisait à elle seule les sons extérieurs, Enelis répéta ses mots une fois encore. Et une autre fois. Et il répéta encore cela longtemps, haussant la voix, s’exclamant même sans qu’il n’y ait jamais de réponse, de mouvement, sans qu’aucune chose ne changea autour de lui. Le souffle grondait toujours et l’être demeura inerte et silencieux. Mais puisqu’il eut présenté ses respects les plus profonds et sincères, peut-être n’y avait-il plus de vie à l’intérieur de cette géante enveloppe. Que ce corps n’était plus que poussière et qu’un phénomène qu’il ne s’expliquait guère encore feignait que la vie exista encore au cœur de cet être. Il s’avança alors, enfonçant son pied gauche dans le bassin et générant malgré lui une onde qui traversa en quelques instants toute la surface calme de l’étang.
Il n’en fallut plus davantage pour que le monde si calme et terne dans lequel il était piégé, se mette à changer. Les chaînes se mirent à frissonner, tintant de leur métal et ébranlant le silence pesant qui demeurait jadis. Dans les profondeurs du bassin, une lueur dorée apparut, comme si du magma remontait à la surface, éclairant les lieux d’une lumière vive qui fit jaillir de légers filaments électriques à la surface de l’eau se propageant rapidement à tout le bassin après que le jeune homme ait retiré son pied. Des fils électriques naquirent des éclairs, grimpant encore, traversant l’air, désintégrant brin de poussières et autres pierres qui se mirent à vaciller et chuter autour de la montagne qui lui faisait front. Et de l’air, la foudre se propagea jusque dans l’enveloppe terreuse qui enveloppait l’entité, brisant peu à peu la moindre surface d’une sédimentation millénaire. En quelques instants, l’amas grisâtre laissa apparaître un corps étonnamment en parfait état, où le haut du corps laissait paraître des vaisseaux d’énergies si dense qu’il était capable d’en suivre le sens, et au-dessus d’une peau bleutée, des armatures dorées recouvrant partiellement les épaules, les bras jusqu’aux poignets, la taille et enfin… la tête. Au-dessous de la terre désagrégée apparut enfin le visage de cette entité gigantesque. C’était là le visage d’un homme, comme il en existe chez les Géants comme chez les démons, comme chez de nombreuses autres races vivant en ce monde. Mais le plus spectaculaire furent l’éveil. L’atmosphère électrique dissipa la brume environnante et le regard du Seigneur apparut enfin. Les paupières se levèrent et des yeux sans pupilles laissaient émanés une puissance qu’il était insoutenable de regarder.
Enelis ressentait que le moindre contact avec un filament électrique de cette source le pulvériserait comme les poussières qui le furent. Il n’était pas question de Bête Spirituelle ni d’une profonde cultivation, mais de la puissance divine ? Tout ce que lui disait son être demeurait dans la prosternation. La fuite n’apparaissait pas même comme une option, pas même comme une pensée. Et se faisant aussitôt de plus bel, plus encore qu’à genoux, étendant ses mains devant soi, face contre terre, il répéta les mots qu’il avait énoncé 100 fois auparavant, devant les yeux tout puissants qui l’observaient.
Le silence demeura après quoi, comme s’il n’avait rien entendu ou qu’il n’avait guère d’intention à l’égard de l’humain. Le silence demeura.
« Et je demeurais ainsi, prosterner, silencieux. Et sans même lever les yeux sur cet être je pouvais sentir son regard me sonder implacablement. La puissance qui jaillit de ce bassin est si pure et dévastatrice qu’aucun humain ne pourrait prétendre y résister, et pourtant celle-ci l’enveloppait déjà tout entier avant qu’il n’ouvrit les yeux, et sans qu’il n’ait témoigné de sa propre puissance. »
Peut-être que ce silence dura plusieurs heures, ou peut-être étaient-ce plusieurs jours qui s’écoulèrent ainsi ? Mais comme l’énergie électrique ne cessait de jaillir et que l’être ne cessa de respirer en le fixant, Enelis se décida enfin à se redresser, s’inclinant toujours pour témoigner son respect et évitant de croiser son regard, il répéta à nouveaux ses respects et ses propos. Le temps continuait de s’écouler au rythme des respirations, comme si rien n’avait véritablement changé à l’exception que l’entité semblait consciente.
Le jeune homme se redressa entièrement pour faire front à la scène qui se jouait devant lui et observa ce que cette scène atypique dépeignait véritablement. Des chaînes gigantesques aux origines insoupçonnables enroulaient le corps de l’entité. Cette dernière, recouvert d’armature dorée, semblait protéger la profondeur de son corps, sa peau bleutée laissait entrevoir des flux d’énergie d’une profondeur et d’une densité sans égale. Ses pupilles brillantes trahissaient également un bleu intense qui ne laissait aucun doute sur la couleur de son pouvoir. Et tandis que les éclairs entouraient de toute part l’inconnu, ses mains étaient refermées sur elles-mêmes, comme si cette position trahissait une douleur plutôt qu’une libération.
Il songeait alors que la profondeur des tréfonds, la distance insondable qui séparait cet être à la surface, à d’autres vies, pouvait parfaitement justifier de la logique d’un emprisonnement. Et ses chaînes toutes autour de lui, et de cette énergie électrique qui l’enveloppe sans le traverser, tout cela ne pouvait-il être qu’un moyen de le maintenir ainsi piéger du temps ?
« Même s’il est prisonnier, pourquoi devrais-je tenter de le libérer ? Plus j’y pense, et moins il semble logique de libérer un être enfermé dans des tréfonds oubliés, dont je ne sais rien. Et puis, le pourrais-je seulement ? J’ai beau essayé d’utiliser cette énergie électrique pour ma cultivation, la seule fluctuation d’énergie que j’impose semble me mettre en danger. Les éclairs réagissent à ma présence comme si j’étais un indésirable. Peut-être pour empêcher quiconque de délivrer le prisonnier ? À ce rythme je n’en vois aucune issue. Le prisonnier ne communique d’aucune façon et l’électricité se propage continuellement de toute part depuis que j’ai entré mon pied dans l’eau plus tôt. »
Enelis songeait malgré lui au temps qu’il passait sans qu’il ne pouvait s’en rendre compte. Ses sens et son corps ne réagissaient même plus au cycle du sommeil et de la faim et semblait comme endormis depuis très longtemps. Malgré tout, comprenant qu’un intrus serait détruit par ces éclairs, il n’avait plus rien à perdre entre choisir d’oser ou choisir l’éternité auprès de cet être silencieux.
Il s’asseya en tailleur devant le bassin et leva les yeux en direction du regard intense et bleuté de l’être enchaîné. Plus il le fixait du regard et plus il se sentait comme happer, comme si son âme se séparait de lui et voguait vers cet inconnu. Mais plus qu’une sensation, s’ensuivit une réalité. Se retournant tandis qu’il flottait dans l’air, il ressentit à nouveau ce phénomène, comme lorsqu’il voyageait à travers le monde éthérique, se dissociant de son corps. Derrière-lui et en contrebas son enveloppe charnelle était toujours assise en tailleur et les éclairs semblaient également l’entourer sans le détruire. Et face à lui, le regard de l’inconnu qui semblait de plus en plus grand et profond, comme s’il était finalement face à une divinité apparaissant à travers les cieux et le regardant de là-haut.
Pour la première fois, les cieux parlèrent. Il entendit une voix grave dans une langue qu’il ne comprenait guère. Ces yeux rivés sur lui, il se sentait comme un insecte face à un géant. Quelque chose d’immensément vaste lui faisait comprendre à quel point son existence était insignifiante. Les paroles continuèrent sans qu’il n’en comprenne aucune signification jusqu’à ce que des cieux, de ce monde dans lequel il paraissait n’être rien, un doigt gigantesque, de la taille d’une ville et de consistance énergétique, vienne s’écraser sur lui, sur son âme.
En quelques instants alors, il reçut un héritage passé, des souvenirs d’un univers si vaste et pourtant si lointain et ancien. De ces images, de ces bribes mémorielles, il ressentit la profondeur de l’injustice et des affrontements. Les lois du Dao, des cieux, des divinités de jadis s’offensèrent à l’existence de leur antagoniste naturelle, de l’équité naturelle qui fit naître des êtres aux valeurs inverses, comme le Yin et le Yang, des forces contraires ayant pour seul dessin l’équilibre de tous les mondes, de toutes les lois. Enelis comprit malgré lui que cet héritage était celui de ce prisonnier. Qu’il était l’un de ceux qui naquirent pour l’équilibre, oppresseur des cieux eux-mêmes, représentants de tout ce qui ne fut pas aux origines. Que lui et son peuple se nommaient les Qiling, et comme d’autres, il était la force contraire des lois divines qui s’appliquèrent à la vie et à la mort. À l’immortalité et à l’instant. Ce prisonnier était nul autre que le Qiling du Chaos, emprisonné par les cieux, soumis aux lois célestes du Dao censées le retenir pour qu’il ne puisse imposer une voix contraire à ce que les Dieux avaient naïvement imaginés jadis.
Il ne s’agissait pas seulement de héros légendaires, de cultivateurs Immortels, mais d’une entité défiant les lois qui s’appliquaient à tous. L’existence des Qiling justifiait en vérité que la voie du Dao céleste n’était pas la seule manière de cultiver l’âme du vivant, du mortel.
Bien que le jumeau reçût une connaissance si vaste, dont de nombreuses notions dépassaient l’entendement d’un simple humain, il comprit que leur existence défiait même la notion de durée. Peut-être était-il ici, enchaîné, depuis 10 000 ans, comme il pourrait l’être depuis le commencement de tout, voire peut-être même depuis l’origine de tout et de toute chose.
En recouvrant son corps, Enelis comprit que cet éclair doré et destructeur était régi par les lois du Dao dont nul n’est censé pour s’opposer, et que toute chose vivante ou non devrait disparaître à son seul contact. Mais que le Qiling n’étant sujet qu’à des lois inverses, ne pouvait tout simplement pas en être supprimé.
« Un tel héritage ne devrait pas être gâché auprès d’un simple humain tel que moi. Que suis-je censé faire d’informations qui dépassent même mon entendement. Le monde est régi par le Dao, et tout cela me semble insensé. Pourquoi m’avoir donné cette vision d’un monde hors du temps, hors de ma propre nature ? »
- Parlez-moi Seigneur. Montrez-moi la voie. Je ne comprends pas ce que vous attendez de moi. Se prosterna de nouveau Enelis devant l’entité égale des Dieux.
Enfin, sa voix grave bien qu’incompréhensible se mit à vibrer dans ce sanctuaire, s’adressant à l’héritier. Sans qu’il ne s’en soit rendu compte, ce bref instant à être mêlé au Qiling l’avait fait passer au stade de la Formation du Noyau de son Âme Han. Il avait retrouvé sa capacité à se déplacer dans le Royaume Éthérique. Il avait grandi d’un savoir qui le dépassait, mais aussi d’une opportunité qui n’aurait pas dû exister.
Concentrer sur sa méditation, Enelis fut projeté malgré lui à Sinalea. Mais pas dans la partie connue du royaume. Non, dans un lieu dont il ignorait même comment s’y rendre de nouveau. Il y avait des monts à pertes de vue, et au-dessus d’eux se trouvait le Qiling.
« Comment le Qiling s’est il retrouvé ici ? Suis-je au Royaume de Sinalea avec lui ? Que se passe-t-il ? En ouvrant les yeux, je me rendis compte que le Qiling avait véritablement disparu du bassin et des chaînes qui le retenait. Les lois du Dao ont-elles simplement cessé de le maintenir ? »
- Enelis, tu es en vie ! Apparu soudainement Sina à ses côtés comme si la connexion avait pu être aussitôt rétabli.
- Sina ? Je, j’étais… il y avait là… Que vient-il de se passer ? Où suis-je…
Enelis ne savait plus comment comprendre ce qu’il venait de se dénouer devant lui et en seulement quelques instants. Comment pouvait-il expliquer ce qu’il n’avait fait que voir en vision, sans n’en comprendre la profondeur ni la véracité ? Comment pouvait-il seulement apprécier que son âme ait évolué sans qu’il ne s’en soit rendu compte.
- Où est le Qiling ? Demanda-t-il malgré tout, perdu.
- Qu’est-ce qu’un Qiling ? S’interrogea Sina. Elle observa la scène devant Enelis, plongé dans l’obscurité d’un étrange sanctuaire, d’un bassin sans qu’aucune énergie ne s’en échappe et de gigantesques chaînes pendant du plafond obscur jusque devant le jeune homme, comme s’il y avait eu quelque chose ici plus tôt.
- Le Royaume de Sinalea, le Royaume Éthérique, je peux à nouveau y aller ? Observa-t-il tandis que Sena était dubitative de la situation actuelle.
« La Protectrice du Royaume de Sinalea peut-elle ignorer ce qu’est un Qiling ? J’ai toujours cru que, qui qu’elle soit ou ait été, elle était au courant de tous les mystères du monde mais… Si cette entité n’était pas un rêve, et que son existence est véridique, alors elle se trouve quelque part au sein du Royaume de Sinalea sans que sa propre gardienne ne le sache ? Est-ce grâce à lui que mon niveau de cultivation a évolué ? Est-ce une bénédiction ou un danger profond ? Comment décrire cela à qui que ce soit ? Dans la vision que j’ai reçu de ce Qiling du Chaos, il existait d’autres entités comme elle. Se peut-il qu’elles existent en divers endroits, prisonniers des lois célestes du Dao ? »
- Combien de temps s’est écoulé depuis ma chute ? Demanda soudainement Enelis à Sena.
- Près de 5 ans. Répondit-elle inquiète par la situation de son jeune Maître.
- 5 ans… Comment ai-je pu survivre autant sans me nourrir ? Sans boire ? Était-ce à cause de lui ? Étais-je dans un environnement qui défie les lois ?
- De qui parlez-vous ? Demanda Sina intriguée.
- Le Qiling.
- Vous en avez déjà parlé mais j’ignore de quoi ou de qui il s’agit.
- Je ne le sais pas moi-même. Finit-il par affirmer en soupirant.
Attendant l’arrivée d’Anelle au sein du Royaume de Sinalea, où ils avaient l’habitude de se retrouver, il lui expliqua ce qu’il put au sujet de son séjour dans ces vastes tunnels souterrains, et de l’étonnante rencontre avec une entité dont le nom ne semble posséder aucune description manuscrite. Mais plus important encore, il était temps de retourner à la surface d’une manière ou d’une autre et de trouver un moyen de se réunir. Sa jumelle était si heureuse qu’elle était prête à traverser tous les royaumes pour retrouver Enelis qu’elle n’avait jamais cessé d’attendre pendant ces longues 5 années.
Plutôt que de rebrousser chemin et de risquer de véritablement mourir de faim cette fois, il songea plutôt à grimper à ces chaînes dorénavant inertes qui pendaient depuis les hautes profondeurs. Forcément attachées à quelque chose là-haut, il lui suffirait de traverser le plafond d’une manière ou d’une autre.
Après avoir grimper plusieurs dizaines de mètres de ces gigantesques anneaux, il se rendit compte qu’il n’y avait plus d’interdiction à l’encontre des capacités de vol sur l’épée, et pu rejoindre à plusieurs Li de hauteur ce qui s’apparentait non pas à un plafond taillé dans la pierre, mais en vérité une Formation d’enchaînement au-dessus de laquelle se trouvait une couche épaisse de terre molle. Lorsqu’il sortit enfin pour la toute première fois de cet endroit après ces années passées, il se retrouva en un endroit qu’il ne reconnut d’aucune façon. À perte de vue et dans toutes les directions, un vaste océan s’étendait sans côte à l’horizon. Seule l’île sur laquelle il se trouvait demeurait rocheuse avec une grande plage et une forêt de palmier. Plus encore qu’une prison en profondeur, il s’amusa à penser qu’il ne pouvait y avoir meilleure prison que perdue au beau milieu d’un océan sans repère.
[[ 这名孩童为我开启了一条能够逃离道之法则的道路。历经千载囚禁,我们的相遇唯有在此刻才能被写下。我将留在此界,直至吾族获得自由,并以这位解放者作为我们复兴的象征。
太初诸神终究被其中一位所背叛。敌阵之中潜藏着一位盟友。这座桥梁必将成为我们共同的救赎。如今,道啊,让我们向你展示,这位凡人将如何成为瓦解你的关键。是时候准备我们的归来——麒麟族的解放。]]
Le Qiling du Chaos
La Renaissance d’Enelis
Durant ces 5 années, Anelle avait mûrit plus que nécessaire, bravant les difficultés dans sa cultivation et s’érigeant peu à peu parmi les plus Grands Maîtres du Clan, obtenant jusqu’à une place au sein du Conseil. Ses capacités avaient grandement été améliorées grâce à son passage réussit au stade de Sage et aux nouvelles possibilités que lui offrit le Royaume de Sinalea à ce moment-là. Elle put notamment réaliser le Pacte de Sang qu’elle avait promis de réaliser auprès de Huzi pour la protéger du reste du monde et de lui offrir un environnement d’évolution propice à sa lignée Sacrée de Tigre Démérité.
Mais ces 5 années n’étaient pas seulement basées sur sa propre évolution, mais aussi sur l’émancipation profonde du Clan Huang comme cela avait été promis à son Maître Yihuang auparavant. Elle enseigna la voie de cultivation originelle à ses camarades, et notamment à Lan Caihe qui obtint à son tour d’importantes opportunités de cultivation grâce à son Don d’entraide. Mais c’est aussi Sun, Hao, Liu, Ying, Qinghui, Beli, Chen, ainsi que le 10ème, Qiu Huang, qui ne put qu’accepter la différence de puissance entre son ancien rang de 1er des 100 de la Cour Intérieure et celle de ses camarades, qui reçurent cette nouvelle manière de cultiver leur corps, leur don et leur âme.
Bien qu’elle n’eût jamais pu se faire à l’idée qu’Enelis ait définitivement disparu, elle utilisa cet espoir comme une force, forgeant autant sa psychologie que son corps afin de se préparer à reprendre ce qui lui revenait de droit. Mais de son côté, le jeune homme n’avait jamais ressenti le temps s’écouler, et ces 5 années n’avaient été d’aucune aide dans sa cultivation, à l’exception de son étonnante rencontre avec le Qiling. Son état d’esprit n’avait pas tant changé et il ressentit rapidement que sa présence auprès d’Anelle au sein du Royaume de Sinalea n’avait plus la même valeur ni proximité qu’à l’époque. Il sentait également que ses propres capacités n’étaient plus alignées avec celles de sa jumelle et que ce temps qui lui avait été ôté l’avait aussi poussé loin de tout ceux qu’il connaissait. Pire encore, situé au beau milieu d’un vaste océan dont il en ignorait l’étendu, ses conditions n’étaient pas davantage propices à s’émanciper ni à rejoindre la terre ferme et de retrouver les siens.
Ses séjours spirituels au Royaume de Sinalea lui firent comprendre que Xiao Xi s’était consacré entièrement à l’évolution d’Anelle, tandis que Sina semblait presque se comporter comme une étrangère avec lui, comme si elle l’avait elle aussi pensé comme décédé tout ce temps. Et sur cette grande île où il survivrait par la pêche et la culture de fruitiers divers, il était tout de même condamné à ne plus se joindre au reste du monde tant qu’il n’aurait pas trouvé un moyen de rentrer. Les promesses de sa jumelle de lui envoyer de l’aide à travers les Tréfonds semblaient n’être que des paroles en l’air, craignant que des innocents s’y retrouvent coincés comme il l’eut été lui-même.
Enelis erra dans le Royaume de Sinalea où il était pourtant l’un des principaux invités jadis, mais n’y trouva plus guère d’intéressement. Il ne croisait plus ni Sina ni Xiao Xi comme s’ils n’étaient plus sensibles à son apparition en tant que citoyen de ce royaume. Il ne put pas même obtenir les opportunités de cultivation dont la gardienne avait tant parlé jadis. Et bien que son incompréhension grandit, il se persuada rapidement que cette voie de cultivation, bien qu’innée et dédiée par l’héritage d’un Dieu méconnu, n’était finalement pas la voie qui lui permettrait de se libérer. Il resongea à de nombreuses reprises à l’entité suprême qu’il avait rencontré dans les Tréfonds, réfléchissant à ce qu’il avait aperçu dans l’héritage mémoriel. Et bien que celle-ci ne montra aucun signe de vie, Enelis sentait qu’il existait désormais d’autres moyens d’évoluer et de se défaire de ses propres chaînes héritées.
Les jours passèrent après qu’il soit sortis de ces profondeurs du monde, et s’était familiarisé avec l’île sur laquelle il habitait dorénavant malgré lui. La survie n’était pas un problème pour un cultivateur au stade de Sage, mais il resongea à la Formation du Dao qui se trouvait sous terre et qui, malgré son inefficacité actuelle sans prisonnier à retenir, restait malgré tout active. Il se mit en quête de la comprendre et d’enrichir son savoir afin d’occuper pour oublier sa condition actuelle. Il retourna de temps à autre dans la profondeur des Tréfonds à la recherche d’une source d’énergie plus profonde encore, comme cela avait été le cas dans le bassin en contre-bas du Qiling. S’il pouvait trouver des indices sur cette entité, sur ses origines ou sur la puissance destructrice de ces chaînes à présent inertes, il sentait pouvoir mettre la main sur des opportunités qui justifierait avoir été ainsi prisonnier pendant 5 longues années.
« Quoique je fasse, quoique j’entreprends. Qu’il s’agisse de méditation, qu’il s’agisse d’exploration éthérique, ces Tréfonds sont vides de toute vie, de tout sens et de toute énergie. Suis-je ainsi condamné à rester piéger sur cette île, loin de tout ? Anelle prépare déjà sa vengeance et ne vient presque plus à Sinalea. Peut-être n’ose-t-elle plus même m’y rencontrer. Je suis devenu un étranger sans moyen de me reconstruire. Et cette Formation active sous cette île n’a pas plus de sens que mon existence actuelle. »
Les semaines passèrent et la monotonie quotidienne commençait à dépeindre sur l’espoir de s’en sortir. Il passait le plus clair de son temps à méditer, à explorer le Royaume Éthérique à la recherche de détails et d’une expérience qui le libère de ce tourment. À son tour, sa présence à Sinalea se faisait de plus en plus rare et ses interactions avec celle qu’il pensait être un jour un guide, devinrent presque inexistante.
« Quelle plaisanterie est-ce là ? Après avoir passé 5 années à n’en connaître aucune notion temporelle, je peux désormais compter les jours de ma solitude. Voilà près d’un mois que les jours et les nuits se succèdent. Anelle a disparu dans un monde que je ne peux que me rappeler, et ceux qui m’ont affirmé jadis être aux portes d’un monde des possibles se sont détournés. À quoi bon chercher à m’opposer à la volonté du divin, à vivre encore… que dis-je, à survivre ainsi sans but ? »
Une tempête fit rage quelques temps après, les marées se déchaînèrent sur toute l’île, les vagues recouvrèrent les plages et brisèrent les récifs, grimpèrent jusqu’aux montagnes. La foudre brisa les plus grandes cultures et la tempête souffla toutes les récoltes d’Enelis qui, face à elle, riait aux éclats, dépité et fataliste à l’idée de voir que même les cieux s’en prenaient à lui, cherchant à rompre en lui tout espoir futur. Et devant ce qui s’apparentait à une vague destructrice qui aurait pu faire pâlir une technique de cultivation de cet élément, il s’avança devant elle prêt à en recevoir le jugement dernier.
Quand les nuages se dissipèrent et que le calme s’installa après la tempête, l’île n’était plus qu’un tas de roches défaits, de plantes arrachées et d’un homme déchu. Malgré s’y être donné comme une dernière offrande à cette vie qui l’avait abandonnée, il soupira de déception en observant que même ainsi, les cieux n’avaient pas jugé bon de lui ôter la vie. Dans l’obscurité de cette nuit devenue calme, il observait là-haut les astres qui luisaient à se moquer de son étrange destinée. Il ricana quand il entendit soudain la foudre frappé la plage non loin de lui. L’éclair était si intense qu’il fut même capable d’observer le paysage autour de lui comme s’il avait été en plein jour l’espace d’un instant. En se relevant pour en observer la source, il vit au loin, au beau milieu de la pénombre qui régnait en maître sur cette plage, une source de lumière étonnamment brillante.
Quand il vit celle-ci se rapprocher, son sang se glaça et son cœur se mit à battre si rapidement qu’il ne sut s’il était alors terrifié ou excité par ce phénomène. À genoux sur le sol, les mains branlant le long du corps, il regardait ce halo lumineux se rapprocher jusqu’à qu’il soit capable d’en déceler plus précisément sa forme. Au centre de cette source lumineuse, un homme s’avançait vers lui. La lumière l’éblouissait au point qu’il n’en décernait qu’une approximative silhouette mais, plus encore que celle-ci, il en observa des filaments électriques bleutés. Lorsqu’il n’était plus à quelques mètres de l’arrivant, les larmes se mirent à couler des yeux irrités du jeune homme, remerciant qu’enfin quelqu’un qu’il pouvait apprécier de ses propres yeux se tint devant lui. Enelis leva les yeux vers le visage de ce corps et reconnu ce regard d’entre tous. Ce regard bleuté sans être capable d’en discerner les pupilles, l’entité suprême était-il venu l’emporter, songea-t-il.
Son apparence était devenue quelque différente. Elle n’était plus aussi grande qu’auparavant, son corps était celui d’un humain, et ses corps avaient elles aussi changé de forme. Mais sa chevelure bleutée et son regard n’avaient quant à eux pas changé d’un iota. Sa main forma un mantra, le mantra de l’épée tel qu’il était utilisé par les cultivateurs capable de maîtriser leur épée d’une simple volonté. Au bout de ces doigts la foudre descendit des cieux et se condensa en une orbe lumineuse électrique qui scintillait devant lui. Une telle puissance n’était sans doute pas moins dangereuse que les éclairs dorés du Dao, et même l’âme d’Enelis pourrait ne pas être capable de se réincarner après avoir été pulvérisé par une telle puissance.
- Êtes-vous finalement venu me tuer ? Les cieux vous ont-ils envoyé puisque la mer n’a pas suffi à accomplir leur tâche ?
- [[天穹将再也无法阻你们.]]
- Je ne comprends pas ce que vous dites, mais si c’est la volonté du ciel, alors qu’importe. Je n’ai plus de raisons de me battre dorénavant.
- [[你将成为我的载壳,而真道将借由你而再度降生.]]
Enelis écarta les bras, à genoux devant son bourreau, et se laissa frapper par l’orbe électrique. L’énergie traversa son corps, brisa son âme et le plongea dans un sommeil dont il pensait ne jamais se réveiller.
Apparition du Qiling du Chaos
Le lendemain, quand le soleil frappait à nouveau l’île de ses rayons chaleureux, Enelis ouvrit ses paupières et vit que le ciel n’avait guère changé, qu’il était toujours sur l’île et toujours pleinement vivant. Bien que cet îlot ne fût plus qu’un lieu de désolation, il était bien entier et vivant. Avait-il rêvé avoir vu cette entité suprême se dresser devant lui pour infliger une attaque destructrice ? Retirant sa tenue partiellement en lambeau, il plongea sa main pour en sentir la véracité de ses songes, et ne trouva là aucune trace d’aucune sorte. Si une telle puissance l’avait ne serait-ce qu’effleuré, ça lui aurait au moins laissé une trace profonde de brûlure.
Il se leva sur ses deux pieds et s’étira en songeant qu’une nouvelle journée devait être vécu, et que son heure n’était pas encore venue. Il s’approcha des palmiers et autres troncs renversés par la tempête. Les quelques fruits qu’il avait mis de côté avaient tous été avalés par la tempête, et l’eau de pluie qu’il avait récupérée sur des roches s’étaient toutes mélangés à l’eau salé de l’océan. C’était là comme au premier jour, face à l’urgence de retrouver un environnement stable d’hydratation et d’alimentation. Une nouvelle journée sans que rien n’ait finalement changé.
Il fit apparaître ses clones de Dons innés dont il avait déjà réussi à matérialiser sous forme d’âme corporelle jadis, et souhaitait les utiliser de nouveau afin de réorganiser l’île à sa convenance. Mais avec étonnement, chacune de ces parts d’âmes avaient changé. Elles disposaient bien chacune de leur propre Don inné copié, mais leur apparence n’était plus à son image. Elles étaient recouvertes de tatouages sombres et leur crâne arborait des cornes arrondies qu’il n’avait encore jamais vu. Inquiet, il tenta à son tour de poser ses mains sur sa tête, se demandant si c’était un jeu de l’esprit ou bien une caractéristique réelle. Prit de panique, tenta de se rassurer qu’il rêvait encore et qu’un choc suffisamment violent contre la roche lui permettrait de se libérer de l’horreur soudaine de sentir à son tour des cornes lui pousser sur la tête.
S’élançant alors tête baissée vers le premier rocher qu’il croisa, il ne put s’empêcher d’hurler de désespoir en sentant que son crâne n’avait guère sentit de douleur mais qu’il était véritablement orné de deux cornes. Et retirant sa toge aussitôt, il s’aperçu que ses bras et sa poitrine étaient aussi recouverts de ces étranges tatouages.
« Que m’arrive-t-il ? » Songea-t-il tout en regardant ses mains.
Son corps tout entier s’était métamorphosé. Il arborait un corps musclé, vaillant, des bras forts et des épaules sculptées. Était-ce là encore son corps ? Il se mit aussitôt à méditer, fermant les yeux pour s’extirper de son Âme Corporelle pour s’observer lui-même depuis son Âme Spirituelle dans le Royaume Éthérique. La vérité fut flagrante, il avait totalement changé. Son corps était bien le sien, arborant son visage bien qu’un peu plus âgé, et ses traits étaient les mêmes bien que plus marqués. Mais plus encore que son apparence, son Âme Spirituelle était devenue dense, comme si elle avait emmagasiné tant d’énergie qu’elle transcendait sa condition actuelle d’âme. De celle-ci, des éclairs scintillaient ça-et-là et la puissance qu’Enelis ressentait alors était euphorisant et palpable.
Quand il redevint maître de son corps, il pouvait sentir que ses cornes étaient source d’une puissance profonde, comme si elles avaient été ajoutées à sa cultivation et qu’elle lui permettait de défier ses propres limites actuelles.
« Suis-je devenu un monstre ? » Pensa-t-il abasourdit.
Une voix lui répondit distinctement que c’était là un cadeau pour le remercier du pacte qui avait été conclu. S’écriant alors de terreur, cherchant à comprendre ce qui lui arrivait et d’où venait cette voie profonde et distincte il tenta mille et une chose afin de défaire le mystère de ce terrifiant changement. Cela dura plusieurs heures, criant comme un fou et se torturait le corps afin d’en découvrir les secrets. Mais quand il finit finalement par s’effondrer de fatigue et de stresse, la voix reprit dans sa tête et lui expliqua brièvement de quoi il en retournait. Le Qiling avait fait un pacte avec lui. Bien qu’il pensait qu’il serait tué par la foudre, Enelis avait en fait accepter de devenir le vaisseau de cet être, fusionnant ainsi son Âme Spirituelle avec la sienne et obtenant ainsi des pouvoirs d’emprunts aux origines indescriptibles.
Cependant, le Qiling du Chaos lui expliqua à travers son âme, que grâce à son Royaume intérieur, celui qu’il appelait Sinalea, il pouvait se soustraire aux lois célestes du Dao et récupérer ses forces après des millénaires d’emprisonnement afin d’atteindre son objectif : la renaissance de son peuple. En contrepartie et afin que son vaisseau ne périsse pendant ce processus, il offrira une part de sa puissance à travers ces cornes de sorte qu’il soit possible d’y puiser les forces nécessaires à sa propre cultivation et lui enseignerait la Voie Inversée, une cultivation du corps et de l’esprit totalement dissociée de la Voie du Dao dont le but est d’acquérir la puissance permettant de s’opposer aux lois célestes.
« Cette puissance semble… illimitée. Je pensais mourir pour avoir libéré un être déchu, mais était-il plus fort encore que la volonté des cieux, capable de me donner une seconde chance ? Dans la solitude et l’abandon de tous ceux que j’aimais, qu’ai-je à perdre à œuvrer pour un héritage qui s’oppose à cette naïveté ? Quel intérêt aurais-je à rentrer au Clan Huang pour n’être qu’un miraculé auquel on aurait que de la pitié ? Puisque les cieux ont voulu défaire cet être et le faire taire, puisqu’ils ont tenté de me faire taire, alors c’est décidé. Je me battrai contre ces volontés et serait l’instrument de cet étrange dieu. » Affirma-t-il tandis que son corps luisait de toute la puissance dont on lui avait fait don.
- Puisque c’est ainsi, je garderai votre présence à Sinalea secrète en contrepartie de votre enseignement, afin qu’il me donne l’opportunité d’accomplir mes propres objectifs.
- [[Notre Pacte ne peut être défait.]] Fit la voix intérieure.
Enelis, Vaisseau du Qiling
La Phase de la Reconquête.
- Anelle, Anelle ? Tu as l’air ailleurs. Remarqua Ying à ses côtés, accroupis à l’orée du bois, face aux murailles de la Cité de Plema.
- Je suis désolée.
- C’est à cause d’Enelis ?
- Oui, depuis que je sais qu’il est encore en vie malgré tout ce temps, je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour lui.
- Nous le sommes tous. Mais les équipes se relaient pour explorer les tunnels où il était tombé.
- Je sais. Mais l’expédition dans les souterrains prendra beaucoup de temps. Répondit Anelle inquiète.
« Et cela fait plusieurs jours que je n’ai pas rejoint le Royaume de Sinalea à cause de cette mission de reconnaissance. J’espère qu’il va bien. » Pensa-t-elle.
Anelle avait entreprit, avec l’accord de ses aînés du Clan Huang, des missions de reconnaissance pour comptabiliser les forces en présence dans la Cité de Plema qu’elle comptait bien reprendre aux forces adverses. Depuis plusieurs années maintenant, Maître Aki avait été capturée et différents Clans avaient pris possession de la cité et du territoire, affaiblissant le peuple et appauvrissant les échanges commerciaux avec les autres royaumes. Grâce à son ascension au stade de Sage et à ses nouvelles capacités spirituelles, la Princesse pouvait dorénavant explorer le royaume éthérique et observer l’entièreté de la population et des forces en vigueur dans la cité sans qu’elle n’y soit repérée. Cette technique, bien que beaucoup plus étendue qu’à l’origine, lui demandait une importante quantité d’énergie et de concentration, ce qui la soustrayait à ses habitudes de cultivation auprès de Sina et de Xiao Xi.
- Si tout se passe comme prévu, nous pourrons reprendre le contrôle de la Cité sans une trop importante effusion de sang.
- D’autant plus qu’il semble que les Clans qui se partagent le royaume ne soient pas en accords les uns avec les autres. Cette division nous permettrait de frapper fort et de manière chirurgicale, sans qu’ils n’aient l’intention de se mobiliser individuellement pour riposter. Il est bientôt temps de reprendre ce royaume.
- Tu penses vraiment qu’à nous 10 on aura une chance de renverser ces 4 Clans ?
- Je n’ai compté que 7 cultivateurs au stade de Sage dans la cité. Même s’ils étaient plus que ça, je serai capable d’en éliminer plusieurs à moi toute seule avec les attaques spirituelles que je vous enseigne.
- J’ai vraiment hâte d’atteindre ce stade de cultivation. Tes enseignements ont déjà porté leur fruit sur nos capacités physiques et innées. Savoir qu’il existe même une voie de l’esprit m’excite tellement.
- Je sais bien Ying, mais reste concentrée. Et rappelle-toi que vous agirez seulement en mon nom, et non pour le compte du Clan. Nous devons protéger les Huang quoiqu’il arrive. Si nous reprenons le royaume, il faudra agir seuls. Avec le Sceau, je réactiverai la Formation de Protection, ce qui permettra au monde entier de savoir que le Royaume est à nouveau un lieu libre et sûr. Ensuite, il faudra anéantir chaque antenne des envahisseurs qui siègeront encore en ville.
- Le plus difficile restera d’entretenir des accords de paix avec ceux-là après la reconquête. Ils pourraient très bien se retrouver assujettis à se concilier de nouveau pour renverser la situation. Remarqua Ying.
- Oui, nous devrons frapper fort, vite et précisément. L’activation de la Formation de Protection sera aussi une part décisive de notre victoire. Nous parlerons du plan à notre retour.
Elle se concentra encore plusieurs heures afin d’observer jusqu’aux mouvements des gardes, et aux dispositions des échoppes des 4 Clans sur place. Le Clan Li disposait de l’ensemble des voies commerciales des ressources de raffinement tels que les minéraux et les herbes rares. Le Clan Ji possédait les armureries et les forges de la cité. Le Clan Fan avait récupéré de nombreux cultivateurs spécialisés dans les fournitures vitales comme la nourriture, les habitations et les vêtements. Et enfin le Clan Kan qui disposait des plus grandes maisons d’enchères et des bains et autres pavillons aux activités charnelles restait également le Clan le plus alerte. Malgré tout, il subsistait un problème sans réponse, la présence du Clan des Assassins à l’origine de la déchéance du royaume pourrait être un facteur déterminant dans leur capacité à reprendre le contrôle de la Cité.
Lorsqu’Anelle et Huang revinrent de leur mission de reconnaissance, elles rendirent compte à leurs camarades et aux Grands Maîtres toujours attentifs de la situation extérieure. Ces dernières années avaient été régulièrement difficiles en raison des échanges commerciaux. Et même si le marécage avait pu être exploité en profondeur afin d’en récupérer les précieuses ressources sans monstre pour les garder, le Clan n’en restait pas moins dépendant majoritairement des accords commerciaux qu’il essayait d’entretenir autant que possible avec les Clans en présence au Royaume de Plema.
Les 10 disciples se préparaient jour et nuit pour leur mission d’infiltration et de reconquête, tous volontaire pour donner l’opportunité à leur nouvelle Maître de retrouver son chez soi et de donner l’opportunité à sa famille d’adoption de pouvoir à nouveau entretenir des liens commerciaux solides et honnêtes. Mais Anelle savait que ces années d’occupation ennemie ne sauraient être balayées en quelques assassinats. L’activation du Sceau et sa capacité à maintenir le palais sous son commandement seraient les facteurs principaux de la réussite.
Quand elle rentra se reposer dans son pavillon privilégié le soir venu, elle se précipita enfin à Sinalea dans l’espoir d’y retrouver son jumeau et d’avoir des nouvelles à son sujet. Mais à peine eut-elle observer le regard fuyant de Xiao Xi ou la grimace négative qui recouvrait dorénavant Sina, elle comprit qu’aucune nouvelle d’Enelis n’avait été obtenue depuis qu’il avait repris contact. Toutefois Sina s’approcha de la femme pour lui parler de ses préoccupations :
- Je ne saurais comment l’expliquer, ni Xiao Xi d’ailleurs. Mais Enelis est bien revenu à Sinalea récemment.
- N’est-ce pas une excellente nouvelle ? Qu’a-t-il dit ? Questionna Anelle qui ressentait de la joie aussitôt.
- Le problème c’est que…
- Laisse-moi lui expliquer. Reprit Xiao Xi.
- Que se passe-t-il exactement ? Demanda Anelle regardant le bouddhiste d’un air apeuré.
- Lorsque qu’un citoyen de Sinalea, comme moi, toi ou Enelis entre dans le royaume, Sina le ressent aussitôt et peut même le trouver où qu’il soit. Mais depuis qu’il a refait surface, Sina est totalement incapable de savoir où il se trouve. Elle ressent bien sa présence dans le royaume, mais…
- Mais c’est comme si quelque chose rompait mon lien avec le royaume. Je n’avais encore jamais vécu quelque chose comme ça. Je ressens sa présence, son énergie, mais ça reste une sensation vague, approximative.
- Comment est-ce possible ? Enelis a peut-être trouvé un artefact ou appris une technique qui perturbe ces capacités. Cherchait Anelle à être rationnelle.
- Tu ne comprends pas Anelle, reprit Xiao Xi, depuis que Sina existe en ce royaume, il n’y a jamais eu d’à peu près. Peu importe la puissance des cultivateurs, de leurs artefacts ou de leurs capacités innées ou de leurs techniques. Sina a toujours tout vu, tout ressenti. Ce royaume est comme intrinsèque à elle, connectée, comme fusionnée.
- Alors quoi ?
- Je l’ignore, Anelle. Je ne connais rien ni personne capable de corrompre le lien que j’ai avec ce Royaume. Toutefois, Enelis a parlé de quelque chose.
- Quoi donc ? S’inquiéta sa jumelle.
- Il a mentionné un nom, comme s’il parlait de quelqu’un ou de quelque chose, quand il apparaissait sur la grande place à ses nouvelles prises de contact.
- Qu’est-ce que c’était que ce nom ?
- Le Qiling. Il semblait le désigner comme un objet ou une personne, mais il ne savait pas lui-même décrire cela. Quand il réapparut pour la première fois à Sinalea, j’ai pu apparaître à côté de son âme. Il semblait encore dans les Tréfonds. C’était un lieu plongé dans l’obscurité, un lieu si oppressant que je n’arrivais pas même à m’y maintenir spirituellement. Je ne saurais dire ce qu’il y avait ici mais ce qui est sûr c’est qu’il y avait quelque chose avant qu’il ne puisse rejoindre à nouveau Sinalea.
- Un objet ou une personne ? Rien de plus ? N’êtes-vous pas tous deux des érudits ? N’avez-vous aucune idée de ce qui a pu lui arriver ? S’impatienta Anelle qui commençait à ressentir l’anxiété de ses aînés.
- Il y avait bien quelque chose cette fois-là. Ces Tréfonds étaient immenses mais j’ai pu distinguer de nombreuses chaînes qui pendaient au-dessus du vide. Peut-être a-t-il été fait prisonnier par quelque chose ou quelqu’un. Expliqua Sina.
- Et une obstruction spirituelle est généralement possible par des Bêtes Spirituelles. Même si elles doivent être d’un certain rang d’évolution, il est en effet possible de bloquer les capacités spirituelles de l’Âme Han d’un cultivateur de se manifester. Reprit Xiao Xi.
- Quoi d’autre ? Comment a-t-il survécu pendant toutes ces années ? Son aura apparaissait-elle atténuée ? Était-il affaibli ?
- Là encore, c’est un mystère, répéta la protectrice, Il semblait être comme dans un songe. Il a dit qu’il n’avait ni mangé ni bu pendant tout le temps de son absence. Mais seuls les cultivateurs au Royaume des Immortels y sont assujettis.
- Se pourrait-il qu’il y ait eu un Immortel dans ces Tréfonds dans ce cas ? Questionna Anelle.
- Ce n’est normalement pas possible. Mais en admettant que ce fut malgré tout le cas, je n’ai jamais entendu qu’un Immortel pouvait donner à un Mortel la capacité de se défaire de ses nécessités vitales. Et encore moins pendant près de 5 ans. Ou bien… Il aurait pu se nourrir sans le savoir ou même prétendre le contraire par honte ou dégoût. Songea Sina qui partageait ses idées.
- Non. Enelis n’est pas un menteur. S’il disait ne pas savoir, je le crois. Puisqu’il y avait des chaînes, et que les Immortels sont soustraits à ces besoins vitaux, alors il est plus probable que ce Qiling soit un Immortel qui ait eu un effet sur son métabolisme. Peut-être est-ce le nom d’un Clan ou même d’une race. J’essaierai de me renseigner à ce sujet. Affirma Anelle qui mit fin à la discussion, emplie de cette nouvelle conviction et d’un nouvel espoir de revoir bientôt Enelis comme auparavant.
Mais les semaines passèrent, tous concentrés sur la mission de reconquête. Anelle se prépara enfin au grand assaut. Au retour des équipes parties en reconnaissance, les 10 principaux disciples s’étaient convenablement entraînés et armés de sorte de pouvoir s’attaquer aux ennemis en présence au Royaume de Plema. Le but premier était de s’infiltrer à l’intérieur du royaume, passant les gardes et guetteurs et reprenant le contrôle du palais où elle pourrait activer le Sceau que son feu père lui avait légué après sa mort. Une fois la protection de la cité activée, ils devront tenir la position jusqu’à ce qu’ils aient fini d’endiguer le mal à l’intérieure de celle-ci, par l’élimination systématique des représentants des Clans présents ayant conspiré contre la famille royale.
Les récentes nouvelles laissent présager que l’infiltration sera possible comme Anelle l’avait minutieusement relatée. De nuit, les guetteurs seront méticuleusement assassinés et cacher de sorte de les remplacer par les disciples Ying et Sun qui pourront faire barrage en cas de tentative de renforts. Lan sera présent en soutien, amplifiant la Perception d’Anelle de sorte qu’elle puisse aisément se mouvoir dans le palais et s’immisçant dans le dos de ses adversaires. Une fois les gardes du palais évincés, les 6 autres disciples tiendront cette position pendant que les deux autres entreront dans la salle des coffres pour en activer le Sceau royal et la protection de la cité.
Les rôles étaient clairs et chaque camarade était prêt à accomplir leur objectif. Lorsqu’ils arrivèrent le soir-même au pieds de la muraille, c’était une nuit somme toute normale. Les rondes étaient constantes et observables. Il n’y avait guère d’événement particulier et l’infiltration commença sans heurt. Les guetteurs de l’aile nord furent immobilisés comme prévu et remplacés. À l’intérieur du palais, la plupart des Maîtres ennemis en présence étaient dans une garnison reculée en train de consommer alcool et plaisir charnel. La garde n’était pas davantage concentrée sur la protection comme il ne s’y passait jamais rien d’important.
- Qinghui, tu élimines celui de gauche, je prends celui de droite. Chuchota Liu avant de s’avancer dans le dos de l’ennemis et de l’attraper silencieusement pour lui assainir un coup mortel par l’arrière.
- Attention, derrière. Un troisième Observa Beli qui s’était retourné.
Aussitôt, la rapidité de Chen lui permet de traverser la distance qui le séparait du nouvel arrivant et de dégainer son épée et de traverser la poitrine du garde. Ils se mirent en position rapidement tandis que les Sage n’avaient pas remarqué l’événement extérieur. À l’intérieur de la salle principale du palais, les tapisseries étaient tachées, comme si des orgies et des beuveries avaient eu lieu sans retenu ces derniers temps. Une odeur de pourriture et de saleté y régnait profondément. Mais se dirigeant vers la salle des coffres, Anelle n’avait qu’une idée en tête, activé le Sceau de son père qu’elle tenait fermement entre ses mains. Traversant le palais à l’aide de son Don de Perception, elle observait chaque centimètre carré de la zone.
- Comment fonctionne ce sceau ? Demanda Lan Caihe qui la regardait se tenir au milieu de la salle des coffres, attendant qu’un événement spécial ne se passe.
- Je n’en suis pas certain. Cette stèle reçoit le Sceau et si j’y insuffle assez d’énergie, il devrait permettre d’activer la protection impériale il me semble.
- Tu n’en es pas sûre Anelle ?
- Je n’ai jamais eu à le faire auparavant. Laisse-moi me concentrer.
Inquiète, elle se concentra pour accéder rapidement à Sinalea afin de demander conseil à Sina. Cette dernière la rassura sur la marche à suivre bien que l’artefact pût être différent d’un royaume à l’autre. Mais son intérêt devrait rester le même que d’habitude. Aucune personne prise dans le champ de force de la protection royale ne pourrait entrer ni sortir sans un jade spécifique comme celui qu’elle possédait également.
Elle se concentra sur son héritage, posant ses mains de chaque côté de l’objet et essaya de lui insuffler toute son énergie. Même avec son Âme Han, depuis le monde éthérique, essayait d’activer le sceau.
- Comment allons-nous savoir que ça fonctionne ? S’inquiétait Lan.
- Un dôme à l’extérieur devrait recouvrir toute la cité et trouver sa source dans les tours de la muraille. Se souvint-elle.
Après 5 minutes à tenter d’activer le sceau, elle commençait à se demander si elle allait y arriver et si la mission n’était pas en train de tourner à son désavantage. Si le moindre ennemi se rendait compte de la supercherie auprès de ses camarades, toute la mission pourrait être mise en péril et même la vie de ses amis pourraient être en danger. Mais sentant que la situation lui échappa, elle fit appel à Huzi, la tigresse avec laquelle elle avait réalisé un pacte de sang dès qu’elle était devenu un cultivateur au stade de Sage. Sa puissance spirituelle à elle était bien supérieure, par nature, à celle de l’humaine. Elle comptait s’en servir pour au moins activer le sceau et donc la protection.
- Je suis là, je vais essayer. Fit l’animal qui avait grandement mûrit depuis l’époque, et qui avait compris ce qu’on attendait de lui.
- Je te remercie Huzi. Essaie d’insuffler toute ton énergie dans l’objet. Je vais l’utiliser comme catalyseur en mêlant le tour à mon énergie.
Ensemble, elles insufflèrent une quantité extrême d’énergie mi-humaine mi-bête spirituelle qui dépassa bien davantage les murs de la salle des coffres. Le flux instable se mit à se propager jusqu’à l’extérieur troublant les capacités innées de tous les Maîtres qui se trouvaient dans la cité. Même les amis en positions à l’extérieur comprenaient que la situation était en train de se retourner contre. Mais au même moment une onde de choc naquit au coeur du palais et se propagea dans toute la cité, grandissant de plus en plus dans toutes les directions et formant peu à peu un gigantesque dôme au-dessus de la cité royale de Plema. Ying et Sun qui étaient positionnés comme les nouveaux guetteurs dans la tour nord de la cité furent les premiers à observer que la muraille servait autant de catalyseur que de point défensif à cette activation réussie de la Formation Royale de Protection. Le dôme d’énergie enveloppait désormais toute la cité et emprisonnait autant ses habitants à l’intérieur, que l’ennemi à l’extérieur.
La première phase de la mission venait d’être finalisée et la suivante se mettait en place aussitôt avec à sa tête, Anelle, qui s’apprêtait à faire un véritable carnage auprès des Maîtres ennemis encore en présence.
Génération de la Formation de Protection de la Cité de Plema