Face à l’étendue de l’océan devant lui, Enelis s’était mis à faire les 100 pas à se demander s’il devait encore attendre et survivre sur cette île ou bien tenter de rejoindre un rivage. Ses propres motivations s’opposaient autant pour ce qu’il risquait de s’éloigner de la promesse de jadis de protéger la Princesse, et d’un autre côté de celle de découvrir ce qui l’abritait jusqu’au plus profond de son âme, le Qiling.
« Bien que je perçoive toutes ses intentions, je n’arrive pas à communiquer avec lui. Sa langue m’est inconnue et ses intentions ne sont que des sensations qui me poussent à rejoindre Sinalea ou à vouloir quitter cette île. Mais j’ignore véritablement ce qu’il attend de moi ni ne sait comment je pourrais tirer profit de cet étrange pacte. Jadis Sina et le Tigre Démérité Liuzi avaient parlé d’un pacte de sang pour lier deux âmes entre elles, mais avec cette entité, cela semble différent. Et Sina, qui ignore ce qu’il est, ne peut m’aider à son sujet. Devrais-je malgré tout le lui en parler ? Qu’est-il en train de faire dans le royaume éthérique exactement ? Je dois trouver un moyen de communiquer. Ma priorité est de trouver des réponses. Toutefois, cette énergie nouvelle qui me transcende ne peut-être contenue comme nous le faisions avec Anelle et la technique de Dissimulation de Maître Aki. Mes forces sont décuplées et mon apparence a obtenu quelques changements comme s’il s’était sculpté pour recevoir cette nouvelle puissance. »
« Pourrais-je vraiment survivre une nouvelle fois à la colère céleste si elle venait pour ravager les maigres ressources qui me servent désormais à survivre ? En toute logique avec les provisions que je peux regrouper et ma force spirituelle je peux prendre le large sur une barque en cocotier et tenter ma chance dans la direction qui me semble le plus logique pour rejoindre la terre ferme. En admettant que les tréfonds n’aient pas fait de détour et que ce fut qu’une allée droite sans courbes, alors remonter dans le sens inverse devrait me ramener au point de départ. Mais si c’était si simple, nul doute que cet endroit ne serait pas si désertique aujourd’hui encore. »
Cette nuit là, le ciel était clair et le vent calme. Enelis le contemplait en songeant à la traverser qu’il s’apprêtait à faire. Lui qui n’avait aucune notion de navigation nautique, il savait qu’en quittant cet endroit, il serait livré à lui-même. Et même s’il pouvait encore voler avec son épée pendant quelques dizaines de kilomètres, il ne pourrait toutefois pas le faire sur des centaines ni des milliers. Quitter sa barque signerait son arrêt de mort s’il ne trouvait pas un lopin de terre sur lequel se poser à terme d’avoir épuisé toute son énergie. Et si sa traversée rencontrait une tempête comme il en a connu une plus tôt, là encore il n’y avait guère d’espoir de survivre.
Peut-être aurait-il choisit de rester sur cette île rocheuse s’il n’avait pas ressentit ces intentions incessantes de son hôte à le pousser à partir. Et quand ce fut enfin décidé cette calme nuit, il fut surprit de voir à l’horizon opposé à celui vers lequel il comptait se diriger, s’illuminer de flash intense.
« Est-ce ma vision qui me joue des tours ? Il n’y a pas once de brise ni de bruit de tonnerres d’aucune direction et pourtant l’horizon s’éblouit ponctuellement de couleur en tout genre. Cela ressemble à… des techniques de cultivateurs ! » S’exclama-t-il aussitôt en songeant au fait qu’il y ait quelqu’un là-bas.
En un instant, il changea son vaisseau en bois de direction et s’élança sur la mer calme en direction de ces lumières. S’il pouvait rejoindre des marchands ou des pêcheurs sur ces eaux, il pourrait s’assurer une voie sûre vers les terres. De plus, des cultivateurs n’y verraient sans doute aucun inconvénient à le recruter du fait de sa force actuelle. Dans sa traversée, Enelis utilisa son énergie spirituelle comme moteur, de la même manière qu’il le faisait auparavant avec son épée pour voler dessus. Son accélération était bien plus importante que celle qui lui aurait demandé des rames pour naviguer à mains nues.
Après quelques heures, tandis qu’il se rapprocha grandement de l’origine des sources lumineuses passées, il n’en vit plus depuis. La mer avait retrouvé son calme et sa noirceur d’une nuit étoilé. Toutefois, il trébucha vers l’avant quand sa barque cogna subitement quelque chose qui flottait. En s’y penchant pour regarder, il fut horrifié de voir que la mer était recouverte de cadavres de bêtes étranges dont il n’en reconnaissait pas les formes. Il n’y avait là aucun humain, mais bien des monstres. En un instant, son sang ne fit qu’un tour. Qu’était-il arrivé ici ? Se demanda-t-il inquiet de se retrouver sur un tel champ de bataille. Mais ne venant jamais seul, un autre malheur apparut alors soudainement à quelques mètres de lui, comme s’il attendait patiemment dans l’obscurité. Un gigantesque navire recouvert d’un enduit noir qui le camouflait complètement dans l’obscurité sortit de l’ombre en y affichant alors des lanternes ça-et-là sur le pont. L’instant d’après, des cris stridents et ricanements vinrent de là-haut comme s’il y régnait une anarchie totale, jusqu’à ce qu’il voit apparaître, se penchant sur la ballustrade, un monstre à la gueule de lézard. Il s’exclama à d’autres la position du jeune homme en contre-bas.
« Ce que j’avais pris pour des cultivateurs étaient en fait des monstres ? Où ai-je mis les pieds ? Savait-il que je me dirigeais dans ce traquenard ? Ce monstre semble parler aux autres qui l’ont rejoints, me défigurant du regard. Se pourrait-il qu’ils parlent la même langue que le Qiling ? Je n’en reconnais aucune parole. »
Mais à peine eut-il le temps de se mettre à réfléchir que le lézard sauta vers lui, s’engouffrant dans la mer noire.
« Un soldat ? » S’interrogea-t-il surprit en voyant la lame aiguisée de l’assaillant traversée la coque fine de sa barque.
Puis de voir tout le lézard apparaître devant lui avant que les planches ne se mettent à couler. Ce dernier continua à siffler et grogner une langue incompréhensible tout en léchant bestialement sa lame pour justifier de ses intentions meurtrières à l’encontre de l’humain.
« Suis-je son repas ? Pour qui me prend-il ? » S’agaça Enelis qui en avait assez que tout lui tomba sur les épaules.
Il fit apparaître sa toute nouvelle arme dans sa main droite. Ce grand marteau recouvert partiellement d’une longue lame arrondie qui servirait à trancher la matière à défaut de la briser. De l’autre, il attrapa instantanément le cou de la bête d’où de fins arcs électriques apparurent, trahissant la pleine puissance qui abritait réellement le jeune homme. Tout autour de lui, et sans qu’il ne s’en rendit compte, les vagues se mirent à s’agiter et une Formation dorée apparue dans son dos, tournoyant sur elle-même et laissant apparaître des sigils.
Le lézard sentait les arcs le consumé à chaque impact sur son écaille et savait qu’il n’avait pas à faire à une proie mais plutôt à un prédateur. Quant il voulu remonter son épée pour se défendre, il n’eut le temps que de sentir le tranchant du marteau le décapiter.
N’ayant plus la main gauche occupée, le garçon récupéra l’arme de son adversaire et la tendit en direction du navire et de son équipage. L’instant d’après, un autre lézard apparu, et bien qu’armé également, il était quant à lui recouvert d’écailles aux couleurs plus vives et à l’accoutrement plus soigné avec des épaulières dorée. Nul doute qu’il s’agissait là d’un commandant ou d’un capitaine. Et malgré sa gueule de monstre, Enelis y crut entrevoir l’esquisse d’un sourire. De nouvelles paroles incompréhensibles furent énoncées tandis que l’instant d’après, sans qu’il n’en sache pourquoi sa vue se mit à se troubler et ses forces le quittèrent aussi vite qu’elles étaient apparues. Au détour d’un regard en s’affalant contre la seule planche qui flottait encore, il entrevit derrière lui une troisième silhouette.
Sigils Anciens
Quand il se réveilla enfin, il était bâillonné, pieds et poings liés, incapable de se mouvoir ni de s’exprimer. À côté de lui se trouvait un lézard, encore un autre, qui le voyant reprendre ses esprits était partis chercher un énième. Celui qui lui fit front fut alors le même qui vint à sa rencontre, affichant toujours ce sourire dont on ne saurait dire s’il n’est qu’un rictus de sa gueule de monstre ou bien une réelle émotion. Il semblait ordonner aux autres certaines directives tandis qu’il attrapa le prisonnier par la corde qui pendait devant ses mains, pour le tirer jusque sur le pont, comme on tire le bétail hors de son enclot.
Face à l’équipage, il comprit qu’il ne s’était guère approché des côtes humaines, mais plutôt qu’il avait atteint des terres gouvernées par des bêtes féroces. Cela lui rappela les contes qui étaient racontés aux enfants quand il était petit, pour qu’aucun ne tente de s’aventurer seul dans les bois. Mais cette fois-ci, ce n’était plus des contes mais la réalité. Des monstres carnivores le retenait prisonnier et il pouvait bien finir par n’être finalement qu’un garde-manger.
Contre toute attente, bien que tous le dévisagèrent avec mépris ou envie, aucun ne réagit, attendant sagement que leur supérieur daigne dire quelque chose. Mais la silhouette qu’il avait aperçu avant de tomber plus tôt réapparue devant lui. C’était là une jeune fille, peut-être l’âge de Huzi telle qu’elle était quand ils l’avaient rencontré jadis. Mais ce n’était pas une Bête Spirituelle sous une forme humaine, mais bien une semblable. Contrôlant son Âme Han dans le monde éthérique autant que Âme Corporelle, Enelis tentait de comprendre où il se trouvait et de savoir s’il lui était encore possible de s’échapper. Mais le navire n’avait gère bougé d’emplacement. il était piégé au milieu de cette étendue d’eau, piégé sur un bateau avec des marins qui plus est guerrier qui pouvait le prendre pour encas à tout moment.
- Ils veulent savoir qui vous êtes. Questionna la jeune fille dans la langue des hommes, sans ne laisser aucune trace de méfiance quant à son interlocuteur ou la situation actuelle du navire.
- Que sont-ils ? Qu’ont-ils l’intention de me faire ?
- Qui êtes-vous ? Reprit-elle en faisant fi du questionnement de son aîné.
Elle soupira en voyant qu’Enelis n’était pas réceptif à ses questions. Aussitôt, le chef des Lézards tendit sa lame dans la direction de la gorge du garçon en l’incitant vivement à répondre.
- Que faisiez-vous sur cette barque ? Reprit-elle.
- J’étais échoué sur une île à quelques Li de là. J’ai vu de la lumière en pensant être sauvé.
À ces mots, la jeune fille sembla répéter ses dires dans la langue étrangère.
- Il n’y a pas d’île sur ces mers. Êtes-vous seul ? Ajouta-t-elle en traduisant la langue de l’équipage.
- « Pas d’île ? Cet endroit était-il protégé par une Formation ? » Songea-t-il avant de répondre.
- Je suis seul. Pensent-ils que je vais mentir dans ma situation actuelle. A-t-il vu le rafiot qui me servait de navire ? Répondit-il presque amusé.
Elle se retourna pour échanger à nouveau avec le Lézard avant de lui demander de ne rien tenter dorénavant, sinon quoi le capitaine ne garantirait plus sa sécurité.
Enelis fut ramené dans sa cellule, lâcher sur le sol, toujours les membres attachés. Là-haut, sur le pont, il pouvait entendre l’équipage s’activer, comme s’il était question de remettre les voiles. Au moins il sembla qu’il fut sain et sauf jusqu’à ce qu’ils atteignent la terre ferme. Peu probable que celle-ci soit celle des royaumes humains, mais au moins il avait pu quitté cette petite île. Se concentrant à nouveau sur le royaume éthérique, il se sentait libre de ses déplacements à travers le navire sans que personne ne se rendit compte de sa présence spirituelle. Étonnamment, bien qu’ils s’agissaient là d’animaux guerriers, il fut surprit de voir qu’il ne s’agissait pas pour autant de Bêtes Spirituelles, mais plutôt de races douée d’une Âme Corporelle, comme les géants ou encore les humains. Et au vue des éclats de lumières dans le ciel plus tôt, se pouvait-il que ces races soient elles aussi dotées de Dons Innés et de stade de cultivation ? Tant de questions lui vinrent dans son esprit pendant la traversée, remettant une nouvelle fois en question tout ce qu’il pensait connaître du monde.
Il tenta de joindre Sinalea mais à chaque fois qu’il s’y tentait, il n’apparaissait jamais plus au cœur de la cité, là où se trouvaient Sina et Xiao Xi. Il se rendit compte rapidement que quelque chose l’empêchait d’atteindre ceux qui étaient pourtant ses mentors jusqu’alors. Et cette restriction, une seule personne devait en être responsable : le Qiling.
« S’il est capable d’altérer le royaume d’un Dieu originel, oeuvre-t-il dans son seul intérêt ? Si je pouvais à nouveau joindre Sina je pourrais au moins expliquer la situation dans laquelle je suis. Mais dès que je me retrouve ici, il semble que je puisse vagabonder à travers ce royaume sans aucune restriction. Est-ce un mal ou une opportunité ? »
Enelis passa le reste de son temps à explorer des recoins inexplorés de Sinalea et se rendit compte que ce monde n’était pas simplement un cailloux qui flottait dans l’air depuis le royaume éthérique, mais en fait un monde, peut-être même un univers à part entière. Comme si les portes qu’Anelle et lui avaient déverrouillées étaient en fait un accès à un monde plus vaste que leur propre monde. Cette idée était autant fascine qu’abstraite. Sans n’être capable de comprendre à quel point le monde actuel dans lequel ils évoluaient tous était vaste, comment pouvait-il imaginer qu’un tiers puisse lui aussi exister dans son propre esprit ? Le royaume de monstres ne pouvaient qu’être aussi vaste que celui des hommes, ou peut-être plus encore, tandis que sa population semblait autant variée que différente. La jeune fille qui lui avait servit d’interprète semblait à première vue être humaine, mais quand il en sondait son Âme Corporelle, elle n’apparaissait pas comme les autres. Peut-être était-elle encore une autre race qui défie les connaissances de ses ancêtres.
Son apprentissage sur les lois et la hiérarchie de ce monde semblait être ébranlé par des découvertes qui n’avaient aucune explication dans les enseignements de tous ceux et celles qu’il avait côtoyé jusqu’alors. Était-ce là une volonté de cacher cette part du monde, ou bien une ignorance profonde de ce que les royaumes humains connaissaient du reste des territoires outre-mer ?
Capitaine Lézard
Tandis que la frégate approchait enfin des côtes, il fut attaqué par une autre puis abordé par une énième race dont il n’en connait pas plus de traits ni d’origines. S’agissait-il d’une guerre multiraciale ou bien simplement de factions opposées qui se livraient des combats sans la moindre forme de diplomatie ? Pour la première fois il put observer qu’ils étaient tous dotés de techniques de cultivations en plus d’une force herculéenne. Ce n’était pas sans rappelé Kuafu, le géant de la cité d’Aléa. Mais à l’inverse de ce dernier sujet au Don de Forge, tous ces monstres ne disposaient d’aucune couleur ni d’énergie distincte qui pouvait justifier être doté de tels avantages. C’était plutôt comme si ces monstres, quel qu’ils soient, étaient comme des humains déchus, à la force de Bête Spirituelle et à leur capacité d’évolution. Difficile donc de juger leur réel stade de cultivation, mais à en juger par les ondes de chocs émises et la complexité des techniques qu’il observait depuis le royaume éthérique, Enelis en déduit que la plupart de ces assaillants ne rivalisaient pas même avec les capacités d’Anelle. S’il n’avait pas été piégé par la plus jeune, il n’aurait sans doute eu aucun mal à se défendre de ses adversaires. Mais le problème du large restait malgré tout un problème qu’il n’aurait pas pu ignorer.
Lorsqu’il observa depuis sa cellule le combat du capitaine des lézards avec les assaillants, il fut surprit de voir que les capacités d’épéistes de tels monstres étaient malgré tout très techniques. Couplé à leur force physique, le Lézard arriva à vaincre bien des ennemis avant que sa propre tête ne soit fixer au mât aux côtés de celles de son équipage. La jeune fille, quant à elle, semblait être plus maligne que tous les autres. Au début des hostilités elle s’immisça dans la cellule d’Enelis et s’enferma d’elle-même dans une cage plus petite qui avait dû jadis lui être dédiée. Elle n’en dit pas un mot pendant toute la durée de l’abordage, et sa sérénité trahissait son expérience en la matière.
Pour la deuxième fois, des monstres se présentèrent à sa cellule. Bien qu’ils étaient recouverts de sang verdâtre, ils se présentèrent devant l’homme et la jeune fille avec cet air intéressé, comme s’ils cherchaient des trésors. Les deux premiers dont leurs armures recouvraient l’entièreté de leur corps et malgré leur teint blafard avait une apparence plus humaine que tous les autres. Peut-être n’était-ce là qu’une tentative de tromper leurs adversaires car ce qu’il avait vu lors de l’abordage, n’étaient guère autre que des êtres aux têtes de macchabées s’attaquer à ces lézards. Quand leur chef se présenta, ils s’agenouillèrent aussitôt en preuve de respect et laissèrent passer devant eux une femme assurément aussi monstrueuse. Portant des épaulières dorées et pointues, une longue robe fusionnée à une armure légère qui épousait ses courbes, des tatouages sur toutes les parcelles de chaire apparentes et un visage abritant un regard violacé profond dont les marques donnaient la sensation que le monstre qui se cachait derrière cette apparence était bien plus féroce. À s’y méprendre, ces assaillants pouvaient être pris pour des humains au premier abord, mais la nécrose qui régnait dans l’air et ce regard propre à un prédateur affamé devant une proie condamnée rompait avec les intentions d’un humain. L’espace d’un instant, Enelis songea que ça n’était pas forcément plus malsain de savoir exactement ce à quoi ou à qui il avait à faire que de ne pas connaître la mesquinerie des hommes.
Les guerriers se relevèrent et parlèrent eux aussi dans une langue qu’Enelis ne comprenait pas. La chef s’approcha de la cage de la plus jeune et l’en sortit d’une main avant d’y passer délicatement une langue monstrueuse de sa bouche, comme si elle en savourait le parfum de sa chaire et salivait à d’autres envies encore, puis la jeta aux griffes des soldats. Elle se tourna alors vers l’humain et s’approcha de son visage, de sa gorge pour en humer l’odeur qui s’en dégageait alors. Ses yeux se plissèrent et un léger couinement se fit entendre comme si elle venait de gémir à se délecter d’un autre met savoureux.
À son tour Enelis fut emporté par l’un des soldats encore libre de ses membres et lui et la jeune fille furent porter jusque sur le pont où le ciel s’était dégagé et la lumière de l’aurore avait prit l’avantage sur la nuit passée. Devant les prisonniers se jouait une scène macabre. Les corps des lézards étaient tronçonnés à la hache et jetés par-dessus bord, tandis que leur tête séchait au soleil sur le mât, en commençant par celle du capitaine du navire tout en bas. Autour d’eux, les soldats arboraient tous sans exceptions des têtes de squelettes, de morts. Et quand il se retourna pour voir ceux qui étaient venus à sa rencontre, il remarqua que là encore ce n’étaient plus les silhouettes partiellement humaines, mais bien des guerriers au crâne squelettique. La Chef de tout ce rafiot quant à elle gardait son revêtement de chaire comme si elle était différente, ou peut-être simplement plus puissante.
Les prisonniers furent posés face contre terre devant les flaques de sang verdâtre qui s’écoulait ça-et-là et maintenus ainsi, la supérieure vint s’asseoir sur un des tonneaux entreposés là. Elle y croisa ses cuisses et s’adressa dans la langue étrangère à la plus jeune. Du point de vue de l’homme, il était évident qu’elles se comprenaient et que l’interrogatoire expliquait la situation. Puis se retournant une nouvelle fois vers lui, la jeune fille lui expliquait, une larme coulant sur sa joue, que s’il n’y avait rien qui puisse justifier de les épargner, ils finiraient tout deux par nourrir de leur chaire et de leur sang l’équipage squelettique.
Mais contre toute attente, Enelis se mit à rire haut et fort. Il comprit que cette situation n’était pas plus avantageuse que la précédente, ni plus encore que la première sur son île déserte.
- Si ce n’est pas là encore de la malchance, peut-être une volonté de me briser ?
- Ne soyez pas téméraire. Répondit la jeune fille qui sanglottait presque.
- Libère-moi de ces liens qui m’oppriment et j’éradiquerai tout l’équipage. La terre ferme n’est qu’à quelques li, ce sera facile de l’atteindre.
- Je ne peux pas faire ça.
Attraper par la tête par la Chef qui n’aimait pas ces messes basses, la jeune fille sentit son sang se glacer et son temps s’écouler.
- Dis-leur que j’ai quelque chose de précieux sur moi. Dis-le leur. Songea Enelis aussitôt.
Avant d’en sentir les dents macabres sur son cou, la jeune fille s’écria les paroles de son homologue dans la langue inconnue, sauvant par là-même sa propre vie.
De son regard violacé, elle s’avança jusqu’à lui, méfiante et lui fit preuve d’une attention particulière qui suggéra qu’il aille jusqu’au bout de ses propos. Dans un jeu de mimique, Enelis lui proposa de le défaire de ses liens afin qu’il puisse y répondre. Assise à nouveau elle y envoya des soldats pour le libérer, et fit maintenir la jeune fille sous la lame affûtée d’un autre. Dans le même temps, dans le royaume éthérique, l’âme spirituelle de l’humain tenait fermement le marteau qu’il y avait forgé quand il était à l’académie Huang jadis, et s’apprêtait à pourfendre le bourreau de l’interprète.
Quand les liens furent rompus et que ses poignets et mollets furent libérés, la chef tendit la main vers lui dans l’attente de son dû. Il rapprocha ses mains pour former le mantra de la Formation Temporelle, quand elle vit soudain le temps se figer autour d’elle. Les vagues de la mer ne caressaient plus la coque du navire et le vent ne souffla plus d’aucune façon. Même sa volonté de tourner la tête ne s’appliquait plus. Plus les secondes passèrent et plus elle put observer l’accumulation du flux énergétique d’Enelis se répandre sur le pont, traversant les particules d’airs en arc électriques dorés. Puis l’instant d’après, immobile, elle vit disparaître la silhouette de sa proie avant de réapparaître l’espace d’un instant. Quand le temps reprit son cours, tout l’équipage joncha le sol au côté du sang des précédentes victimes, à l’exception faite de la chef au regard brillant.
- Tuez-la ! Tuez-la ! Tuez-la ! S’écria aussitôt la jeune fille qui la pointait du doigt avec mépris.
- Pas encore. J’ai besoin de réponses, et tu vas m’aider jeune fille.
Bien que la chef ne se sentait pas en danger, Enelis prit l’initiative de glisser sa ferme poigne spirituelle autour du cou dans le royaume éthérique pour qu’elle ressente à quel point sa vie ne tenait plus qu’à un fil. Mais même ainsi, le monstre semblait esquisser un sourire et le plissement de ses yeux était similaire au plaisir de la chaire. Avait-elle de telles envies dans une situation pareille ?
- Demande lui ce qu’elle est et où nous nous trouvons actuellement.
- Je peux vous répondre directement. Vous m’avez sauvé malgré les interrogatoires que je vous ai fait subir. Se prosterna la jeune fille.
- Je t’écoute.
- Je suis Ysha, je suis originaire des Terres Opprimées. Cette femelle est de la race Moya, une tribu démoniaque, descendants des premiers bâtards entre monstres et démons.
- Où sommes-nous exactement ? Quel est ce royaume ?
- Le royaume démoniaque n’est-il pas connu du peuple humain ? Il s’agit d’un vaste territoire, partagé entre les tribus démoniaques et des tribus de monstres comme l’étaient les Lézards. Expliquait-elle.
- Je n’ai jamais entendu parler d’un tel royaume jadis. As-tu croisé d’autres humains auparavant ? Tu as tout l’air d’être une humaine pourtant. Et comment sais-tu parler notre langue ?
- Les humains sont les principaux esclaves de ce royaume mais aussi bien souvent, un garde manger. S’ils ne sont pas vendus par les vôtres, ils sont capturés en mer comme vous. Mon peuple étant aussi opprimé, j’ai côtoyé de nombreux esclaves humains.
- C’est impensable. Il y a donc des marchands d’être humains même parmi notre peuple ?
- Comme il en existe ici aussi, vendant la chaire et les organes de monstres ou de démons pour en satisfaire vos intérêts.
Enelis soupira de honte et de dégoût avant de reprendre :
- Qu’avait-elle l’intention de te faire ? de nous faire ? Demanda-t-il en visant l’adversaire du regard.
- Notre chaire est plus tendre et savoureuse. Étant élevé comme du bétail, nous n’avons guère d’espoir de survivre très longtemps. Il est probable qu’elle ait l’intention de me dévorer. Tandis qu’avant d’en faire de même avec vous… se reproduire devrait être son principal désir.
- C’est répugnant. Pourquoi ne pas fuir ce territoire ? Qu’avez-vous à perdre à prendre la mer et tenter de rejoindre le continent du royaume des hommes plutôt que de rester ici ?
Apeurée et désolée, elle se pencha vers la mer et lui expliqua que l’océan était également un royaume de monstre à part entière. Les bêtes qu’il avait croisé avant d’être fait prisonnier étaient du peuple marins. Un royaume démoniaque qui domine les fonds marins. Même en réussissant à s’échapper du joug des tribus des Terres Opprimées, ils n’auraient aucune chance d’échapper à ceux vivant sous la surface.
Bien qu’elle expliqua n’avoir aucun échappatoire, elle remercia son sauveur et le rassura quant à sa combativité et sa force actuelle. Nul humain n’avait jamais pu s’opposer de la sorte à ce type de combattants démoniaques. Même si elle était désolée de l’avoir piégée plus tôt, pour survivre, elle savait qu’il ne risquait pas tant en comparaison d’elle-même. Sa seule capacité à communiquer avec les commerçants lors d’échanges de ressources (et d’humains), lui permettait de garder la vie sauve.
- Tu as dit venir de Terres Opprimées ? Parle-moi encore de ce royaume démoniaque et des terres d’où tu viens.
- Mon peuple n’a pas la force de se défendre contre les puissants. Nous sommes presque tous esclaves. Les tribus démoniaques se déchirent volontiers ce territoire et leurs habitants pour en acquérir la main d’œuvre. Je me suis échappée de l’une de leur mine et ai atterri entre les mains de divers équipages. Des commerçants jusqu’aux bandits. Aujourd’hui, si vous n’aviez pas été là, la Moya n’aurait laissé aucun survivant. Se reproduire avec les puissants de n’importe quelle autre race leur permet d’obtenir une part de leur puissance. Ce peuple ne possède que des femmes et celles qui naissent pour être combattantes ne peuvent pas avoir de descendance. Leur seul objectif est de devenir plus forte pour mieux servir.
- Elles ? N’ai-je pas décimé ses gardes, des males ?
- C’est une capacité héréditaire. Ce n’étaient pas des êtres vivants. Juste des marionnettes d’os.
Tandis qu’il apprenait à connaître cette partie du monde, il voyait la Moya se dandiner, ses cuisses se frotter l’une contre l’autre et ses mains entourer sa propre gorge comme si elle tentait de caresser la version éthérique de l’homme. Ses lèvres suintaient d’une chaude salive tandis qu’elle semblait entrer dans une transe de plaisir .
- Les Moya sont sans scrupule. Tuez-la avant qu’elle ne réussisse à vous tenter.
- C’est sans doute mieux ainsi.
- [[不要杀掉这个东西。把它的灵魂绑定在一件武器上。灵器会服从它们的主人。它们是强大的助力。这是我的第一份礼物。]]
- Qu’est-ce que c’était ? S’inquiéta la jeune fille qui trembla.
- L’as-tu entendu aussi ? Tu as entendu ça ?
- D’où vient cette voix ? Mon sang s’est glacé.
- L’as-tu compris ? As-tu compris ?
- Qu’est-ce que c’était ? Demanda-t-elle tremblante de plus bel.
- Ne t’en fais pas, tu ne crains rien. Dis-moi plutôt si tu as comprit quelque chose.
- Je n’ai jamais entendu pareil langage. D’où vient cette voix ?
« Serait-il possible que sa présence me transcende également ? Son silence m’éviterait d’être exposé à l’intérêt des autres ? Je dois trouver un moyen de communiquer avec cette entité coûte que coûte. Mais même ici cette jeune fille n’en reconnaît pas un mot. Son existence est-elle inconnue des mortels ? » Songea Enelis.
- Maître, fit Ysha soudainement, regardez !
- Que fait-elle ?
La Moya avait aussi été percutée par l’énoncé du Qiling et s’était évanouie. Mais son âme, quant à elle, était restée debout dans le monde éthérique, comme s’il était dorénavant possible de l’en dissocier.
« [[不要杀掉这个东西。把它的灵魂绑定在一件武器上。灵器会服从它们的主人。它们是强大的助力。这是我的第一份礼物。]] »
Au fur et à mesure que ces paroles retentirent dans l’esprit d’Enelis, il comprenait plus précisément ses intentions à chaque nouvelle itération. L’âme du monstre pouvait être fusionnée à un objet, une arme notamment, apportant puissance et volonté intrinsèque, mais aussi totale obéissance. C’était à s’y méprendre d’une profonde ressemblance au pacte de sang, mais où l’âme serait piégée dans un corps solide, maîtriser par le sang, sans que ça n’ait de conséquence sur la survie du propriétaire lui-même.
S’asseyant en tailleur afin de méditer, le jeune homme se concentra sur sa capacité à Forger dans le royaume éthérique et tenta de comprendre chacune des intentions du Qiling qui était en train de lui apprendre un art secret de Raffinement de l’Âme. Peut-être même l’un des arts légendaires dont contaient les manuscrits parlant d’armes douées de conscience. Le navire devint une orchestre d’énergie en tout genre, traversant les corps et le bois, retournant les vagues et le ciel, accélérant et ralentissant le temps entre le jour et la nuit pendant plusieurs longues journées. Les itérations ne cessèrent de se répéter à chaque étape de ce raffinement prodigieux, transformant ainsi son épée physique qu’il avait depuis l’académie de Plema, en un réceptacle unique contenant désormais l’âme d’une race démoniaque nommée Moya et dont l’objet en reçut le même nom.
Chef de l’équipage de la Race Moya
La Côte
Son épée était désormais recouverte d’un léger voile sombre, rappelant les couleurs de son adversaire dont le corps inerte jonchait le sol. Son âme quant à elle était prisonnière de l’épée mais soumise à son nouveau maître. C’était comme si l’âme, raffinée par cette méthode, oubliait toute notion de fidélité et d’identité envers ses origines, soumis aux seules intentions du maître de l’outil possédé.
Enelis était désormais face à deux navires. Celui des Lézards dont l’équipage avait été éradiqué et celui de la Moya dont il avait acquit l’âme. Nul doute qu’à lui seul, il ne tenterait pas de naviguer avec de tels vaisseaux. Ysha lui proposa d’emprunter une barque pour rejoindre la côte qui n’était dorénavant plus très loin.
En fouillant consciencieusement les soutes, l’humain utilisa le Don de Perception qu’il avait jadis copié de la Princesse pour tenter de savoir si sa nouvelle alliée avait d’autres intentions à son égard que ce qu’elle prétendait. Ses conditions de vie l’avait modelées à accepter son destin d’esclave et d’outils, ci-bien que toute opportunité qui se présentait pouvait lui permettre de survivre un peu plus longuement. Enelis ressenti les intentions profondes de la fille qui prétendait agir pour le sauver mais qui espérait secrètement pouvoir l’échanger à quai contre sa propre survie.
« Ce monde reflète parfaitement tous les pires travers de l’humanité. Même parmi les plus démunis, le mal règne en maître. Existe-t-il des tribus de monstres ou de démons capables de faire preuve de plus d’humanité que certains humains ? Que devrais-je faire de cet enfant… Si je pars avant qu’elle ne me piège, elle sera tuée. Si je la garde à mes côtés, elle risque de vouloir me tromper dès que le moment opportun se présentera. Et si je fais semblant de me livrer, qui sait à quels dangers je serai encore confronté. Si je suis fait prisonnier comme ce fut le cas auparavant, je ne pourrais pas même me défendre. Je dois considérer toutes les options. Les maigres ressources que possédaient ces équipages ne me permettront probablement pas d’être tranquille. Je n’ai aucun moyen d’échapper aux conditions actuelles. Dès que l’on verra mon apparence, je serai catégorisé comme esclave et ma vie ne sera qu’une accumulation de problèmes. Si je tentais de naviguer seul sur l’un de ces navires, les royaumes sous-marins m’attaqueront à vue. La seule solution viable est de rejoindre la terre ferme et de me trouver un lieu reculer où je pourrais me cultiver. Seule une force suffisante me permettra de me libérer de cette situation, voire de trouver des réponses. »
Ysha lui fit signe de la rejoindre dans une barque, de sorte d’aller jusqu’à la terre ferme non loin. À cette distance de la côte, elle le rassura qu’il était rare que le peuple marins s’aventure aussi proche des récifs pour seulement deux esclaves desquels ils ne pourraient espérer grand chose. En s’approchant des rives, de nombreuses fumées noires montaient jusqu’au ciel pour en nourrir les nuages tandis que l’odeur de brûler empestait dans l’air. La guerre faisait rage en mer comme sur terre et bien que cela semblait dévastateur dans les yeux de l’humain, c’était plutôt un tableau commun pour la plus jeune qui continuait à ramer.
- Où devrions-nous nous rendre ? M’emmènes-tu auprès des tiens ? Demanda-t-il en scrutant la rive.
- Oui. Je connais une cachette non loin de la côte. Nous pourrons y résider quelques jours.
Mais chacun des mots qu’elle prononçait était en désaccord avec ses véritables intentions. Le pensant crédule et ignorant, elle l’emmenait tout droit auprès d’une faction de monstre ou de démon, à qui elle pourrait échanger sa survie contre la vie de l’homme. Sa capacité à parler les langues étrangères lui donnait un atout majeure sur le plan pratique, et son jeune âge justifiait du désintérêt de s’en débarrasser rapidement. Frêle et fragile, elle était un atout stratégique sans à craindre une rébellion. Tandis qu’en tant qu’humain et cultivateur, viguoureux, combattif, il était à lui seul un danger pour les adversaires.
La côte était dominée par de larges et abruptes montagnes boisées dont les sommets étaient infranchissables. Le port de la principale cité au loin brûlait de vives flammes tandis que le feu se répandait aisément aux forêts voisines. L’on pouvait déjà entendre les hurlements des guerriers et des civils dans un brouhaha de cris bestial et de paroles étrangères.
Enelis contemplait son épée, recouverte de cette fine aura violacé qui parcourait la lame. Dans le royaume éthérique, il y voyait l’âme de Moya qui semblait assoupie, sans intention particulière. Il cherchait à comprendre les mystères d’une telle technique et d’en comprendre les subtilités et l’intérêt réel.
« Une âme Han dans un objet. À quoi cela peut-il bien servir ? Peu importe que je manie l’épée ou l’effleure, elle ne me semble pas différente d’auparavant. Et même si nos âmes s’observent ici, nous n’avons aucun moyen de communiquer. Au moins, elle ne me semble plus hostile. Les intentions du Qiling étaient pourtant claires. Le raffinement d’une âme et un pacte de liaison semble être une technique vraiment importante malgré que je n’en comprenne aucunement leur subtilité. »
Lorsque les deux rescapés atteignirent enfin la rive, il s’empressa d’observer les alentours avec sa capacité spirituelle afin de détecter les dangers potentiels. À quelques Lis d’eux se trouvaient un campement. Cela ressemblait à un siège contre la cité voisine. Il y avait là-bas plusieurs centaines de soldats, tous des démons. Leur niveau de cultivation n’était toujours pas claire mais semblait malgré tout incapable de le percevoir dans le royaume éthérique. À ses côtés, la jeune fille quant à elle, l’invitait à s’éloigner de l’ensemble du siège actuel, et de remonter la plage pour chercher un abris.
Mais au bout de quelques minutes, une patrouille à l’orée du bois, aperçu les naufragés sur la plage. C’était là 5 soldats démons, reconnaissables par leurs cornes sur leur tête. Ils étaient en armure légère et disposait chacun d’une arme contendante. Ils s’exclamèrent dans leur langue qui sonna comme un cri cherchant à effrayer, et entourèrent rapidement le menu fretin qui se présentait là. En un instant, la jeune fille se prosterna sur le sable fin et se mit à répondre aux agresseurs dans leur langue. L’afflux d’intentions qui émanait de son comportement trahissait sa tentative de survie telle que le garçon l’avait anticipé. Mais sa stature inébranlable malgré qu’il faisait face à des monstres de muscles, étonna rapidement la milice qui n’écoutaient plus les prières de la plus jeune.
Après qu’ils l’eut mis en joug et harceler de paroles incompréhensibles, l’un des 5 voulu lui attraper l’épaule pour en observer la nature et le danger. À cet instant, la lame violacé du jeune homme trancha le bras du démon et se mit à flotter devant son propriétaire, poigne vers le haut, comme si elle agissait de son propre chef. L’acier se mit à briller de plus en plus, laissant les adversaires inquiet et protégeant celui qui venait de perdre un membre. En un instant, sous le regard terrifié de la jeune fille, Moya apparut. Elle était légèrement différente, dépeignant un comportement respectueux envers l’humain tandis qu’elle faisait front aux démons.
Aussitôt s’être inclinée devant son nouveau Maître, elle s’adressa aux opposants. Pour la première fois, Enelis comprit tout ce qu’elle disait. Même si ce n’était pas le cas des paroles énoncées par les interlocuteurs, celles que l’âme prononçaient lui apparaissaient aussi clair que la langue continentale humaine.
- Veuillez ne pas importuner mon Maître. Disait-elle calmement et sans aucune once d’ironie
- « Que se passe-t-il ? Comment puis-je comprendre ce qu’elle dit ? » Se demanda Enelis.
- Ne vous en faites pas Maître, reprit-elle aussitôt, je ne les laisserai pas vous faire de mal.
- « Comment peut-elle s’exprimer aussi clairement dorénavant ? Est-ce un effet du raffinement de l’âme ? » Songea-t-il.
Il pouvait observer le déconcertement dans le regard des démons qui n’osaient pas plus réagir davantage que d’échanger avec l’âme de cette Moya.
- Maître, se retourna-t-elle un instant devant lui, voulez-vous leur demander quelque chose ?
- Je… Y a-t-il un moyen de ne pas être ennemi ? Questionna-t-il de manière pragmatique.
- Ils disent qu’ils n’ont aucune intention de s’allier à un esclave. Devrais-je les faire taire, Maître ?
- Le plus grand.
Aussitôt, Moya décapita la tête du chef d’escouade en l’espace d’un clignement de paupière. Horrifié, les 4 restants tombèrent à la renverse avant de justifier que seule leur commandante était actuellement capable de décider qui pouvait être allié ou ennemi. Répétant ces dires, Moya ressentit une profonde excitation captant l’afflux d’énergie de son Maître qui trahissait une insouciante mais captivante intention de sa part. Aussitôt, elle ordonna aux soldats d’emmener son Maître au quartier général afin qu’il soit reçu par leur commandante afin de clarifier cette situation. Ysha quant à elle, qui était restée au sol, suivait la troupe silencieusement après avoir récupéré un petit poignard sur le cadavre du cinquième.
« Est-ce là une démonstration du pouvoir d’une Cultivation divine ? Le Qiling m’a appris à raffiner une âme par ses seules intentions, et mon ennemi est devenu un allié obéïssant… Quelles autres capacités extravagantes cette entité céleste cache-t-elle ? Si je réussissais à en apprendre plus sur ses origines, je pourrais peut-être obtenir de grandes opportunités. » Songea Enelis qui n’en revenait pas du gain de puissance qu’il venait d’obtenir à travers cette nouvelle technique de raffinement.
Comme il l’avait observé dans le monde éthérique, le camp démon était bien en place au cœur de la forêt, formant un siège contre la cité côtière. L’armée de démon dévisageait les esclaves tandis que Moya s’était à nouveau retirée dans son nouvel habitat. Traversant les allées de soldats jusque dans la hutte du chef, Enelis gardait son Âme Han attentive à la moindre intention cachée qui pouvait apparaître autour d’eux à n’importe quel moment.
L’humain observait la scène avec un air dubitatif, ne comprenant pas le dialogue qui œuvrait devant lui. Les 4 soldats s’agenouillaient devant leur commandante tandis qu’ils exprimaient leur crainte et la revendication de l’humain. Mais il était évident que la situation ne se prêtait guère aux pourparlers. En guerre contre une race dont il ignorait les origines, des démons avaient établis un camp et se voyait soudainement interrompu par ce qui devrait n’être qu’un esclave. La commandante du camp jeta brièvement un regard dans la direction des deux étrangers avant de brandir sa main pour en justifier une action militaire stricte et compréhensible : la mort.
Aussitôt, sentant que la situation était en train de dégénérer, Enelis invoqua sa Formation Temporelle fétiche d’un geste de la main et figea le camp tout entier, dont les centaines de soldats à l’extérieur. Cette émancipation de ses capacités était bien au-delà de ce qu’il pensait être capable de faire. Mais fort de ce trait particulier, il fit apparaître son épée possédée et la monta jusque sous le menton de la commandante qui voyait le temps s’écouler au ralenti autour d’elle. L’épée en place, pointant vers sa gorge tandis que l’humain lui faisait front lui donna une sueur froide qu’elle n’aurait jamais pensé ressentir face à un tel individu. Quand Enelis leva sa Formation pour redonner au temps son cours normal, il demanda à Ysha de traduire ses paroles.
- Je ne suis pas d’ici et je ne cherche pas à m’y attarder. Je veux juste qu’on me laisse tranquille. Pouvez-vous me donner cette tranquillité ? Demanda-t-il.
- Les humains n’ont pas leur mot à dire… Rétorqua la commandante agacée et fière à travers la voix de la cadette.
- Dis lui, Ysha, si elle ne plie pas l’échine, j’éradique son armée sur le champ.
La cheffe déglutina soudainement en voyant dans le regard de son interlocuteur la véracité de ses propos. Bien qu’elle n’en comprenait pas les paroles directement, l’intonation et l’assurance de ce dernier lui laissait entrevoir un avenir sanglant et humiliant qui la fit douter d’elle-même.
- Elle dit qu’elle est prête à accepter votre demande contre un service.
- J’écoute. Que veut-elle, Ysha ?
- Si vous les aider à renverser la présence des monstres qui ont envahi la cité, ils vous accorderont à vous et à moi-même un laisser-passer afin que nous soyons affranchis de notre statut dans leurs rangs.
Après qu’il ait accepté, elle lui en expliqua plus précisément les directives et la situation des ennemis. Ses intentions trahissaient une volonté de faire d’une pierre deux coups. Si l’humain était capable de terrasser l’adversaire, alors il deviendrait un allié de taille, mais s’il perdait au contraire, il ne serait plus un danger pour son commandant ni pour son armée. Même si elle ne l’avait pas vu de ses propres yeux, elle avait entendu sa milice se plaindre du Moya que possédait cet humain et qui avait tranché la tête de l’un de ses soldats en une fraction de seconde. S’il était vraiment capable d’invoquer de telles puissances malgré sa propre nature et de s’affranchir ainsi de l’esclavage qui régit les siens, alors peut-être avait-elle là l’opportunité de gravir les échelons de l’empire démoniaque de manière bien plus importante et rapide que ses concurrents.
Tandis qu’Ysha resta auprès du commandant pendant la mission, Enelis s’aventura jusque devant les hautes murailles de la cité en feu. Des monstres, il en reconnut certains qui avaient des têtes animales, telles de chimères, et d’autres des apparences qui n’avaient aucune ressemblance avec ce qu’il connaissait sur le continent. Il brandit son épée Moya devant le gigantesque pont-levis qui était redressé et demanda à l’âme quelle était l’ampleur de ses capacités. Cette dernière lui répondit que sa puissance n’était pas en deçà de ce qu’elle était jadis. Alors sous le commandement de son nouveau Maître, elle exécuta une série de démonstration permettant de découvrir la profondeur de l’ensemble de sa puissance.
Elle fit se relever les nombreux cadavres des civils, des soldats et des assaillants, invoquant sa technique nécromancienne et insufflant une part de son énergie dans chacune des entités qui se releva au coeur du fort. En un instant, une armée se leva côté adverse, prenant au dépourvu les lignes ennemis frappant les forces en réserves qui se remettaient des affrontements. Dans une second temps, elle invoqua un sceptre d’énergie violacé d’où elle fit apparaître une boule d’énergie condensée, s’accaparant les âmes des défunts morts récemment et des nouveaux en devenir, faisant ainsi grossir de plus en plus cette arme de destruction massive. Lorsqu’elle finit par la projeter contre la muraille, cette dernière explosa et désintégra dans une forme circulaire parfaite ce qui servait jadis de rempart. Enfin, libérée de la main de son Maître, l’épée s’envola en direction la cité, maniée par la seule volonté de l’âme demeurant.
Tandis que la commandante et son armée avait rejoint le front, ils virent tous avec stupeur que l’ennemi était terrassé par un seul adversaire, qui plus est l’humain qui les avait menacé de les exterminer plus tôt. Il était évident que la démone n’avait guère ce genre de pouvoir et qu’une telle puissance n’avait que de rares équivalents sur ces terres. La race Moya représentant à elle seule la moitié des plus grandes puissances, elle considéra qu’être capable d’en faire plier une entité au point d’être appelé Maître, comme le ferait un esclave avec son propriétaire, justifiait là aussi d’une puissance phénoménale. De plus, il n’existait pas d’humains qui soient cultivateurs de ce côté là de l’océan. Mais dans sa stupéfaction, elle songea aussitôt à toute la grandeur qu’une alliance pourrait lui apporter auprès du Roi Démon et des autres chefs-lieux des royaumes voisins. Elle fit rapidement quérir l’un des cultivateurs du camp, qui étaient les atouts d’une arme, afin de leur demander de trouver une technique permettant à son futur allié d’assimiler la langue, la culture et l’histoire de leur propre nation.
Le siège ne dura plus qu’une journée, le temps d’éradiquer jusqu’à la dernière menace et de reprendre le contrôle des accès clés et du col montagneux non loin afin d’empêcher d’autres renforts de les prendre à revers. Le jour suivant, afin que les soldats soient enclin à respecter la vie de l’humain et de la cadette, Enelis fit apparaître Moya sur le conseil de la commandante, et lui ordonna de prétendre être la propriétaire de ces deux-là, afin qu’une race respectée justifie leur prosternation et leur respect de la nouvelle règle de protection de cet humain.
Âme de l’Épée Moya
Le Sceau du Sang d’Âme
De l’autre côté de l’océan, sur le continent des hommes, dans le royaume de Plema où naquit Anelle jadis, qui avait fui la cité à la chute de son défunt père, le roi, se dressa Maître Aki, l’une des 4 Sages réputées, afin de protéger le peuple des assaillants. Les fidèles soldats de l’ancien roi s’étaient infiltrés dans la population pendant plusieurs mois afin de lever secrètement des groupuscules de résistances agissant contre les intérêts des Clans qui avaient finis par prendre possession du royaume. Détruisant régulièrement réserves et productions, assassinant des dignitaires ou volant des ressources afin de créer des tensions palpables entre tous, ils avaient mis en place une guérilla de l’ombre pour lutter contre l’oppression qui avait envahi les terres et défait les chefs respectables. Cette résistance minutieuse permis notamment d’empêcher une gouvernance forte et unie du royaume sous une seule bannière, ce qui permit à Anelle d’obtenir malgré elle une véritable Armée des Ombres comme elle aima les appelé par la suite.
Ses deux anciens proches soldats qu’étaient Ménor et Leon, furent parmi les plus déterminés à contre-carré les plans adverses. Reprenant le contrôle de la cité puis du royaume grâce au sceau royal, le statut de nation revint naturellement entre les mains d’Anelle. Quiconque souhaitait dorénavant s’opposer à elle entrerait officiellement en guerre contre le royaume. Malgré tout, la Princesse ne comptait pas s’arrêter là. Son peuple avait souffert, et plus encore, ses proches avaient disparus. Elle apprit par son nouveau réseau infiltré que les autres des 4 sages réputés s’étaient présentées jadis à Maître Aki et l’avait priée de bien vouloir abdiquer avant qu’il ne soit trop tard, laissant ainsi le territoire aux mains des oppresseurs.
Son refus loyal lui avait coûté sa liberté et fut faite prisonnière puis offerte au royaume du Sud dont on comptait que le désert n’était guère gouverné par des humains mais des serpents immortels. De plus, ses maîtres d’académie avaient quant a eux été fait prisonniers et offerts au royaume de l’Est, le royaume d’Achi, afin que l’ennemi puisse en récupéré les techniques de cultivation de gré ou de force.
Après s’être accordé le temps nécessaire pour rétablir des voies commerciales avec le Clan Huang mais aussi d’entretenir de nouveaux accords auprès des émissaires de cités voisines, elle gouverna le royaume avec l’intention de se venger de ce que ses ennemis avaient fait subir à son peuple. Comme l’avait dit jadis Maître Aki, la force sera toujours là voir qui aura raison. Il était temps de se consacrer corps et âme à l’évolution de ses capacités dès qu’elle en aurait l’occasion.
Au cœur de Sinalea, Anelle avait désormais accès aux Sources du Lotus, un bassin de méditation où elle pouvait accroître l’énergie spirituelle de son Âme Han afin qu’elle puise la renforcer. Sina lui suggéra également de combattre les Marionnettes du Destin dans le Hall de Combat, un bâtiment de la cité où il était possible d’affronter des entités sans vie qui se mouvaient et combattaient par palier de difficulté, régis par des Formations d’entraînements.
À chaque palier complété, c’est-à-dire dès qu’Anelle réussissait à vaincre ces adversaires d’acier, elle recevrait des pilules de cultivation censées l’aider dans son émancipation. Les paliers supérieurs lui permettaient également de valoriser son expérience au combat et d’obtenir de plus en plus d’opportunités et de récompenses.
Bien que le premier palier soit d’ores-et-déjà combatif et opposant des marionnettes de niveau d’un Sage, le Hall de Combat renfermait aussi des paliers spirituels ou mixte pouvant obliger le disciple à gérer des combats d’un tout autre niveau, mêlant âme spirituelle et âme corporelle.
Sina rappela aussi à sa maîtresse que le royaume de Sinalea évoluait deux fois plus lentement que le monde réel et qu’ainsi le temps à s’y entraîner était deux fois plus important. Ainsi, pendant plusieurs semaines, elle alternait méditation et gouvernance sur le trône afin de recevoir émissaires et délégations, forger de nouvelles alliance ou encore prouver sa puissance dans des joutes amicales vouées à maintenir l’authenticité de son rôle de cheffe.
Elle créa également une section militaire stratégique devant servir à protéger le royaume contre les tentatives de sabordages, gérer intégralement par l’Armée des Ombres et qui se verrait s’immiscer dans tous les commerces du royaume.
De plus, force de son Don Inné de Perception, Anelle put s’entourer des gens les plus loyaux tout en se débarrassant des espions et autres traîtres.
Le monde entier savait dorénavant qu’il n’était plus possible de paraître amical envers le royaume de Plema sans l’être sincèrement.
Les quatre Clans qui avaient œuvrés contre son père et les siens avaient pris conscience que cette situation n’était pas viable pour leur propre prospérité et de nouvelles tentatives d’alliance étaient en pourparlers dans le but de préparer leur défense future, appelant même des alliés de longues dates au quatre coin du continent.
C’était un jour calme dans la cité de Plema, une légère brise fraîche soufflait dans la cour du palais tandis qu’elle avait été désertée dans la matinée, quand le ciel s’assombrit et que le tonnerre se mit à gronder au-dessus du dôme protecteur de la cité. Au cœur du palais émergea des flux lumineux dorés mêlés de lueurs violacées et d’une colonne de lumière s’opposant à la noirceur du ciel.
- Que se passe-t-il ? Fit l’un des gardes aux portes du palais tandis que les 9 disciples du Clan Huang étaient présents.
- Anelle atteint le stade de la Graine d’Étoile.
- Yihuang n’avait-il pas dit qu’il lui avait fallu une dizaine d’années pour l’atteindre ? Demanda Beli.
- Je me souviens qu’il ait dit avant notre départ que cela faisait 13 ans qu’il était bloqué à ce stade de cultivation. Renchérit Liu.
- En comparaison, à 25 ans, Anelle est déjà à l’apogée de la cultivation. Nous avons été chanceux que Maître Yihuang soit devenu son Maître à l’époque, sans quoi nous n’aurions jamais hérité d’une telle voie d’enseignement. Répondit Lan emplis de satisfaction devant cet événement.
- Avec une alliée de cette trempe, qui oserait s’en prendre au Clan désormais? S’amusait Ying.
- Même nos capacités ont largement augmenté depuis qu’Anelle nous enseigne. Quand nous réussirons à atteindre la Formation du Noyau de l’âme, nous atteindrons le stade de cultivation de Sage, tandis que ta propre force se verra sans doute décupler Lan. Fit Chen plein d’espoir.
- C’est terminé. Allons la voir. Affirma Lan Caihe qui se précipita au palais.
Elle était toujours en position de méditation, raffinant le trop plein d’énergie qui s’émanait d’elle, telle que lui avait appris Sina. À chaque nouveau stade de cultivation, le gain d’énergie et de force est telle qu’il faut rapidement trouver un endroit calme pour se concentrer sur l’assimilation de cette puissance et la fusionner à son corps et à son âme sans quoi elle pourrait se répandre à travers les méridiens et endommager l’âme.
Cette puissance était palpable tant la fluctuation de l’air était désordonnée. Tous ressentaient Le contre-coup d’un tel pouvoir, imposant à chacun une gravité bien plus lourde qu’à l’accoutumé, ralentissant leurs mouvements et les obligeant à méditer à leur tour pour s’en protéger jusqu’à ce qu’Anelle ait finie de tout absorber.
Ce faisceau de lumière qui jaillit de la Princesse lors de son ascension était visible même dans les contrées voisines, montrant qu’un individu était dorénavant capable de briser l’équilibre fragile établit depuis quelques années déjà.
Dans les jours qui suivirent, une délégation de chacun des 4 Clans furent leur apparition et demandèrent audience auprès de la Princesse. Leurs intentions étaient claires : afin d’éviter l’extermination, leur soumission et leur humiliation étaient de maigres prix à payer en comparaison.
Les premiers furent ceux du Clan Ji, traitant des forges et armements. Ils vinrent pour s’excuser, offrir leur service et proposer des contrats avantageux afin d’obtenir la paix. Mais Anelle avait d’autres projets pour les responsables du décès de son père et sa propre fruite.
- Je veux la tête de tous ceux qui ont foulé le sol de ma cité. Ordonna-t-elle devant ses interlocuteurs à genoux, prosternés devant elle.
- Nous ne sommes pas en mesure de vous livrer qui que ce soit.
- Vos affaires ne m’intéressent pas. Elles seront miennes quoiqu’il arrive. Menaçait-elle en sortant son épée de son fourreau.
- Nous comprenons et demandons votre miséricorde. Des centaines de disciples innocents méritent-ils de subir votre colère et vengeance ?
- Cela dépendra de vous.
- Nous ne pouvons pas vous livrer les Maîtres du Clan Ji. Mais nous pouvons vous assurer un affrontement honorable.
- J’écoute.
- Si vous les défier en duel, nous respecterons votre victoire et nous nous soumettrons. Nous deviendrons officiellement vassaux du royaume de Plema.
- « J’ai une meilleure idée. » Fit Sena qui se tenait auprès d’Anelle, invisible des autres.
- Je ne souhaite pas seulement votre parole. La parole de traîtres ne vaut rien.
- Que voulez-vous, Majesté ?
- Je veux votre Sang d’Âme.
Les deux émissaires se regardèrent étonnés dans l’incompréhension totale de ces propos. Ils savaient que leur vie ne tenait qu’à un fil et qu’actuellement rien ne pouvait empêcher leur hôte de ne renvoyer que leur tête au Clan qui fut leur ennemi si longtemps.
- Veuillez excuser notre ignorance, Majestée. De quoi parlez-vous ? Qu’est-ce que le Sang d’Âme ?
- C’est une ancienne technique de loyauté. J’imposerai un sceau sur le corps de tous les disciples afin d’acquérir une goutte de votre sang. Chaque goutte sera stockée dans ma Mer de Conscience. Si vous me trahissez, je pourrais tous vous éliminez à travers ce sceau. Si je venais à mourir, vous m’accompagnerez dans la mort également.
- Une telle technique peut-elle exister ? S’interrogèrent les invités en chuchotant.
- Si vous êtes prêts à vous soumettre, je promets d’épargner votre Clan après avoir éliminés les responsables.
- Nous nous soumettrons !
Bien que les deux émissaires parlèrent dans la crainte, Anelle percevait pleinement leur réticence d’aller jusqu’au bout de cette démarche. Terrifiés à l’idée de ne pas rentrer vivant chez eux, ils acceptèrent verbalement tout ce qu’elle disait mais cachèrent leur véritable songes. Il était évident que se rendre au sein du Clan Ji était comme se livrer dans la gueule du loup. Sans en connaître le nombre de Maîtres de hauts niveaux, une telle promesse de la part des deux invités n’avait aucune valeur. Il lui fallait donc des garanties qui les pousse à respecter cet accord.
- Je vous laisse un sursit de quelques jours avant que je ne me décide à me venger. D’ici-là j’attends de vous que vous me présenter 1000 pierres spirituelles de qualité supérieures chaque jour qui viendront et 10 de vos disciples seront fait prisonniers.
- Entendez-vous que nous…
- Assez discuté. Livrez-moi ce que je demande ou aucun des vôtres ne réchappera au siège que vous subirez.
- Nous obéissons, Majestée. Affirmèrent-ils avant de partir tout en laissant les présents qu’ils avaient porté au palais.
Son bras droit se rapprocha d’elle pour la questionner sur l’étrange technique dont elle avait parlé plus tôt.
- C’est une technique légendaire. Je viens de la découvrir. Le Sang lie le corps et l’âme. Ce sceau permet de détruire le sang et donc de détruire l’arme de son hôte. C’était utilisé jadis pour asservir des peuples et s’assurer d’une loyauté immortelle. Répondit la princesse qui répétait les termes de Sina.
- Où as-tu appris une telle compétence ? Les manuscrits du Clan Huang y font-ils référence ?
- Nous en reparlerons plus tard. Voudrais-tu bien distribuer les pilules et autres ressources aux autres. Plus vite ils atteindront le stade de Sage, moins nos adversaires seront en mesure de s’opposer à nous.
- Bien sûr, compte sur moi. Répondit Lan aussitôt, s’empressant de découvrir ce dont regorgeait les offrandes des émissaires Ji.
Les jours qui suivirent, le Clan Ji remplit sa promesse en déposant ressources et en livrant des disciples. Cette manoeuvre servait aussi à démontrer aux autres Clans qui enverraient des émissaires, que des pourparlers étaient déjà en cours avec d’autres, et qu’aucune alliance ne saurait contrer la nouvelle montée en puissance du Royaume de Plema.
« … »
Le Sceau du Sang d’Âme